‹ Morale [microform]Chapitre 202 sur 284 · XXXII. — 3. IMPORTANCE ÉTIIICO-SOGIALE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

XXXII. — 3. IMPORTANCE ÉTIIICO-SOGIALE DES RELIGIONS

Les éléments constituant le contenu d'une religion positive liant pas besoin de disparaître lors de sa dissolution. Les expériences humaines qui trouvent leur expression renforcée et idéalisée dans les idées religieuses peuvent toujours se recommencer. C'est pourquoi les mobiles religieux ne s'opposent pas complètement aux autres mobiles, mais peuvent au contraire les adopter, se les assimiler. L'amour de l'humanité est un mobile moral ; la croyance en un Dieu dont l'amour est l'essence est un mobile religieux ; cette croyance suppose pourtant que l'on connaît déjà l'amour par expérience personnelle. C'est ce rappori entre les mobiles religieux et moraux qui rend si difficile une comparaison des diverses religions au point de vue de leur importance morale. Il n'est pas facile de décider avec quel degré d'indépendance agit tel élément particulier et combien il doit à la forme et au milieu dans lequel la religion le fait se présenter.

Alors môme que les forces agissant d'une manière concentrée dans la religion pourraient très bien avoir le môme effet en agissant chacune séparément, il resterait cet inconvénient que la culture idéale manquerait d'une expression d'ensemble. On éprouvera toujours un penchant naturel à rechercher une expression d'ensemble de la vie, au lieu de n'avoir jamais à faire qu'à l'un de ses côtés particuliers. La division du travail amène le morcellement et le manque d'harmonie, lorsque de nouveaux processus de condensation sont impossibles. C'est une question de la plus haute importance pour l'avenir du genre humain que celle de savoir si de telles condensations peuvent encore se réaliser sans prendre nécessairement la forme du dogme et du culte. Il faudrait pour cela une action réciproque étroite entre l'art et la science, entre la théorie et la pratique, entre la connaissance et le sentiment. Il faudrait que les expériences et les dispositions affectives fondamentales de la vie humaine puissent trouver leur expression dans des symboles qui, sans ôtre établis dogmatiquement, parleraient autant à la sensibilité qu'à l'intelligence, à la vérité qu'à l'imagination. Cette question est-elle soluble? C'est ce que l'avenir montrera. La conscience humaine n'est pas encore parvenue aujourd'hui à cette maturité. En attendant, nous vivons à l'époque de la critique et de l'analyse, et toute notre vie mentale en porte l'empreinte. Sous l'impression accablante des traditions religieuses, nous

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