XXXIII. — 2. L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
qu'on ne le pense d'ordinaire dont la conception de la vie se forme d'une manière autonome. La formation des o-ens <( cultivés)) n'a pas toujours un cachet d'indép.Midance; pour beaucoup, elle consiste dans la parlieipalioii à une certaine tradition intellectuelle, acceptée souvent trop vite et avec trop peu de spontanéité. Et même parmi les gens réellement cultivés, il y en a toujours sans aucun doute un certain nombre pour lesquels c'est une nécessité mentale que toute culture idéale, toute intelligence de la vie et tout sentiment relatif à elle, se solidifient en fin de compte en grands symboles, magnifiquement colorés, à propos desquels la difierence entre l'image et la réalité cesse de s'appliquer. C'est justemint ce qui rend le problème religieux si complexe.
2. — La liaison de l'Eglise et de l'Etat n'est pas un simple effet du hasard. D'un cùté l'Eglise était obligée, si elle voulait donner le résumé de toute culture mentale et forjner la société humaine universelle, de prétendre compénétrer la société tout entière ; de considérer l'Etat comme son serviteur. De l'autre, l'Etat — tant que les idées confessionnelles possédaient une domination incontestée sur les esprits — était obligé de se croire une mission religieuse et de considérer comme sa plus haute tâche celle d'étendre et de protéger la religion. Il i-egardait d'ailleurs aussi la religion et l'Eglise comme des moyens pour ses propres fins. La foi religieuse lui semblait une condition nécessaire pour obtenir de bons citoyens ot pour procurer au pays la sécurité et la paix. Si l'on proscrivait l'hérésie, ce n'était pas seulement comme une offense à Dieu, mais aussi comme nuisible à la paix et au bien publics K
Tant que la religion positive fut l'unique puissance spirituelle de culture, la domination de l'Eglise sur l'Etat, ou tout au moins dans l'Etat — comme Etat ecclésiastique ou Eglise d'Etat — avait sa raison d'être. iMais quand les temps changèrent, l'Eglise commença elle-même à s'apercevoir que la vie religieuse s'accommodait au mieux de la liberté. Et comme désormais les Etats modernes comprennent des gens de religions diverses, comme bien des fonctions qui pouvaient être primitivement exercées par l'Eglise exigeaient maintenant d.' l'être séparé-
* Cf. F PoLLocK : The theory of persécution (Essay in Jurisprudence an<i Lthics, Londres, 1882), p. 160.
XXXm. - 2. L ÉGLISE ET L'ÉTAT * ./.
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PosT : Die Grundlage des Rechls.p. 441 sq,]. H01FDING. — Morale.