‹ Morale [microform]Chapitre 209 sur 284 · XXXIII. — 2. L'EGLISE ET L'ETAT · texte numérisé non relu

XXXIII. — 2. L'EGLISE ET L'ETAT

complète de leurs droits civils ^ On ne voit pas jusqu'où cela peut mener. L'e'v(^que Martensen, si heureux de ce que l'Etal, « après avoir cédé par ailleurs sous tant de rapports à l'humanité irréligieuse », avoue par l'institution du serment ne pouvoir se passer de la garantie religieuse, fait remarquer avec pleine raison que cette seule garantie, le serment, serait insignifiante si l'on ne prenait pas davantage soin de l'esprit religieux du peuple en général -. L'Etat devrait par conséquent faire en sorte que tous les citoyens possèdent les principes dogmatiqu(^s nécessaires, il faudrait donc à toute force les inculquer à tous les hommes. On aboutit ainsi rigoureusement à l'inquisition. — La meilleure façon de rester d'accord avec le principe de la liberté religieuse serait de modifier la formule de manière à ce qu'elle ne renfermât plus aucune expression théologique. On éviterait en même temps ainsi le danger, déjà signalé par K.vNT, d'ameaer les hommes à croire que le mensoge n'est pas une chose si mauvaise, pourvu qu'on ne le confirme point par serment.

Un autre exemple nous est fourni par la forme du mariage officiel. Ici, Tunique organisation pleinement d'accord avec la liberté religieuse, c'est l'institution d'un mariage purement civil commun h tous, tandis qu'en beaucoup de pays encore, on marie civilement ceux-là seuls qui ne veulent d'aucun mariage religieux. Pourtant le parti le plus naturel — et en même temps le plus conforme à l'esprit religieux — c'est que les gens désirant un mariage religieux le fassent précéder du mariage civil, et non que ceux n'en voulant pas soient obligés de s'en faire dispenser. Au surplus, en laissant le choix entre le mariage civil et religieux, on proclame que ce sont deux contraires qui

* Un e.xemple d'abus semblable dans les formules traditionnelles de serment, tiré de l'Angleterre, nous est donné par F. Pollock : The oath of allegiance (Essays, p. 187, 197). — Au Parlement danois, un juriste considérable déclara que pour renfermer une plus haute garantie, le serment devait être plus qu'une aflirmation solennelle, c'est-à-dire un appel à une puissance « capable d'intervenir dans les choses humaines au cours de la vie présente ou future » (Séance du Folkothing du 20 décembre 1880). On semble prendre ici pour base un point de vue moral analogue à celui de la jeune iille dans la nouvelle de PaulMôUer. « En dansk Students Eventyr m (Aventure d'un étudiant danois). Elle avait une peur terrible de l'enfer, inais fut rassurée à la pensée que celui-ci n'était autre chose que la mauvaise conscience. Qu'est-ce que cela peut bien faire à quelqu'un?

* Individuel Etik ^Morale individuelle), p. 278.

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