‹ Morale [microform]Chapitre 211 sur 284 · L'EGLISE ET L'ETAT · texte numérisé non relu

L'EGLISE ET L'ETAT

pcctifïi. Mais la question de savoir quelle situation l'Eglise doit occuper à Tavenir n'est'pas encore tranchée par là. De ce qu'elle ne doit pas dominer l'Ltat et les relations générales de la vie civile, il ne s'ensuit pas que l'Elat n'ait rien à faire avec elle. Tant que l'Eglise vivra encore dans le peuple, elle sera une puissance de culture considérable, en face de laquelle l'Etat ne saurait garder une attitude complètement indifférente.

Alors même qu'il s'élèverait au sein de l'Eglise un fort mouvement religieux, un enthousiasme comparable h celui de la première communauté chrétienne, de sorte qu'on renonçât à tout, appui et à tout secours de la part de l'Etat, quand même rh]glise deviendrait par conséquent une association purement privée, l'Etat ne pourrait pourtant pas la perdre complètement de vue. Il seraitobligé de la soumettre à un certain conlnMepourrempôcher de menacer la paix publique et la base morale de l'Etat. Il serait obligé d'empêcher les attaques fanatiques contre les dissidents et l'oppression des fidèles. Il aurait ici, comme à l'égard de la famille, la tache de protéger les faibles contre la violence, même dans des circonstances privées et très intimes. L'Etat représente le principe moral universel en face des principes spéciaux de la morale religieuse^ admise par les différentes confessions. « La moralité, en tant que loi plus générale, est au-dessus des dogmes et des préceptes religieux^ » Il pourra devenir nécessaire d'interdire les sociétés ou congrégations religieuses troublant la paix des différentes confessions, s'attaquant même aux principes constitutifs de l'Etat: c'estainsi que l'ordi'e des Jésuites est interdit en plusieurs pays; il l'est même en Suisse par un article exprès de la Constitution fédérale.

Mais dans les pays où l'Eglise est enracinée dans le peuple et où elle en a pétri la vie dui'ant des siècles, il est naturel qu(^ l'Etat lui continue son appui, comme li une communauté où la majeure partie du peuph' trouve les aliments essentiels de ses besoins spirituels. L'Etat considère donc l'Eglise comme une puissance de culture historiquement donnée, et l'appui accordé à l'Eglise se fonde sur les mêmes motifs que celui accordé à la science et h l'art. L'Etat ne saurait produire directement une espèce quelconque de culture. Son action «'i cet égard est toujours^

* Expression employée, dans la séance du 3 mai 1849 de rAsscmbléc constituante, parte ministre des Cultes (Madvig) au cours de la discussion sur le § 76 de la loi danoise fondamentale actuellement en vigueur.

indirecte. Il ne saurait ni produire ni détruire la religion; mais il peut fournir à la société religieuse un appui matériel et des formes légales. Devra-t-il également soutenir d'autres associations religieuses que FEglise traditionnelle du pays? Cela dépendra de l'importance qu'il leur attribuera. Comme condition de l'appui matériel et légal accordé par lui à l'Eglise, l'Etat doit réclamer le droit d'exercer sur elle un contrôle beaucoup plus minutieux qu'il n'est possible de le faire sur une association purement privée. Il y a sui'lout deux choses que l'Etat doit exiger rigoureusement dans l'intérêt de la cultur<^ mentale et de la liberté de penser.

La constitution de l'Eglise ne saurait être pour l'Etat une chose indifférente. Il doit travailler à rendre cette constitution favorable à l'ensemble de la vie et du développement du peuple H ne saurait accepter une constitution d'où résulterait une hiérarchie exerçant sur les membres de l'Eglise une domination spirituelle illimitée. Il ne saurait favoriser aucune tyrannie de l'esprit ni aucun rétrécissement systématique de l'horizon mental du peuple. Autant que possible, il favorisera la liberté de l'enseignement religieux, et travaillera à ce que le peuple puisse fréquenter les maîtres religi(Mix dont les doctrines obtiennent sa libre adhésion. Il ne saurait permettre indéfiniment à l'Eglise d'exiger de tous les gens chargés d'enseigner la religion la profession d'un système doctrinal déterminé, surtout quand il est si invraisemblable que tous se le soient assimilé avec une conviction entière et personnelle. L'unité ecclésiastique s'achète trop cher quand elle amène les directeurs de l'évolution religieuse à s'abstenir, de gré ou de force, d'un examen critique des doctrines aussi impartial que l'amour de la vérité 1(* réclame*. — L'Etat exigera en même temps que les

* Un exemple instructif et récent nous est fourni par un arrêt du « Disziplinargericht fiir evangelischo Geistliche » wurtcmbergeois du 21 février 1896, révoquant de ses fonctions le pasteur Stendel, parce qu'en des points « essentiels », il s'écartait de la confession d'Augsbourg et de la liturgie. Le jugement faisait au prévenu le reproche suivant : « la culture et le souci exclusifs de ses scrupules moraux ont leur source en partie dans une estime exagérée de soi, qui l'a conduit à faire tVun conflit que des centaines (Vautres soutiennent en silence à coté de lui sous telle ou telle forme, sans dommage pour leurs âmes, l'objet d'un martyre public ». Le tribunal ecclésiastique suprême avoue donc ici que des centaines de pasteurs se trouvent en sérieux conflit avec la doctrine de l'Eglise, et que dans ce conflit interviennent des difficultés non seulement intellectuelles.

ri*

Page 1