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L'ORGANISATION DE LA PHILANTHROPIE

1. Ncc/essité et inconvénients de l'organisation. — 2. Intervention de l'Etat. — 3. Inconvénients de la philanthropie publique.

1. — Il faut que déjà l'individu organise sa bienfaisance. II doit administrer les moyens dont il peut et veut disposer pour secourir les autres, de manière à ce qu'ils remplissent leur destination le mieux possible. Il ne doit pas se laisser guider seulement par le caprice, en sorte que le hasard décide s'il donnera «a l'un et refusera h l'autre. Le caprice régnera naturellement là surtout où l'on n'est point uni par une relation personnelle à celui que l'on secourt, comme par exemple vis-à-vis des mendiants. Si des hommes aussi philanthropes que James Mill et l'archevêque Whately se vanlaienl de n'avoir jamais rien donné à un mendiant, c'était en vertu d'im principe juste, puisqu'ils le complétaient par une assistance active prêtée à ceux dont les besoins leur étaient connus et qu'ils étaient dès lors en mesure de secourir par les moyens les mieux appropriés. — Toutefois les moyens, les expériences et les connaissances de l'individu sont limités. Souvent c'est en s'ajoutant à l'obole d'autrui que son obole produira le meilleur effet; et une sorte de division du travail s'établit tout naturellement, certains individus ayant une aptitude spéciale à servir les sociétés philanthropiques, comme enquêteurs, directeurs ou distributeurs. Une sorte de bureaucratie libre peut ainsi se développer, une sorte d'employés qui peut-être ne seront un jour pas moins respectés que les fonctionnaires de l'Etat. Il ne serait cependant pas bon que la relation personnelle entre donateur et donataire disparût tout à fait. Elle est le germe vivant de la culture philanthropique, l'élément de liberté dont elle ne saurait pas plus se passer que l'une quelconque des autres formes de culture. La bienfaisance privée et amicale sera toujours une condition

et une préparation de Faction systématique de sociétés plus considérables. Ces formes de bienfaisance s'efforceront précisément que le mécanisme systématique entre seulement en action lorsque c'est absolument nécessaire. L'ancien rapport de voisinage, qui perd si aisément son importance au cours de la cultu^e,'surtout dans les grandes villes, doit toujours rester l'idéal qu'on se propose de maintenir ou de rétablir dans des circonstances nouvelles. Aussi Bosanquet dit-il avec raison que la bienfaisance doit plutôt consister dans un service de bon voisinage qu'en une aveugle distribution d'aumônes. Les sociétés philanthropiques devraient viser sur ce point à une aussi grandie décentralisation que peut le comporter la vue d'ensemble et l'union qu'elles s'efforcent précisément de réaliser. Sinon, la cotisation versée à la société philanthropique devient vite une sorte d'impôt dont on se frappe un peu à contre-cœur, pour se conformer à l'usage, et les secourus, d'autre part, auront facilement l'impression d'être en présence d'un mécanisme. L'art consistera à relier cette action individualisante avec assez de régularité et d'uniformité à l'action d'ensemble. Sans organisation de la philanthropie, on travaille aveuglément et au hasard. Les pauvres s'habituent au mensonge, afin d'obtenir en même temps des secours en plusieurs endroits, et le secours provenant d'un endroit unique est souvent aussi tellement minime qu'il a pour seul résultat de mettre le secouru en mesure d'obtenir du travail, en se contentant d'un moindre salaire que ses camarades. Il y a quelques années, on a pu constater à Londres qu'on ne manquait ni de moyens financiers pour secourir la misère, ni de personnes ou d'institutions désireuses de porter secours, mais que tout cela, par défaut d'organisation et surtout par suite d'une connaissance insuffisante des circonstances, produisait souvent plus de mal que

de bien^.

L'activité libre des associations philanthropiques n'est encore qu'à ses débuts. Elle a certainement un grand avenir devant elle ; du moins n'est-ce pas la tâche qui lui manquera.

2. — Toutefois ni la philanthropie individuelle ni l'organisée ne sauraient venir à bout de toutes les taches, ou garantir de

* B. Bosanquet : The prlnciples and chief dangers of tlie administration of charity (Journal of Ethics, III).

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