XXXV. — 2. L'ORGANISATION DE LA PHILANTHROPIE
l'extrême misère. 11 faut pour cela une organisation plus solide et des ressources plus grandes, dont seul l'Etat dispose. En matière d'assistance comme en matière d'instruction, la tdche de l'Etat c'est d'assurer que les conditions les plus élémentaires soient remplies. Et cela, non pas seulement parce qu'il assure indirectement ainsi la sécurité. Pas plus qu'il ne soutient la culture idéale en vue de la sécurité, ce n*est exclusivement un calcul intelligent qui le porte a organiser l'assistance des pauvres. Il cherche à soulager l'extrême misère où elle se trouve, alors même que la sécurité publique n'est point en danger. En outre, le secours prêté par l'Etat ne doit pas plus être une sorte de grâce que le secours du particulier, mais il doit être regardé comme un acte de justice morale et sociale. En établissant une assistance publique, l'Etat avoue qu 'il a du bien à faire. Dans un Etat idéal il n'y aurait pas de pauvres ; le fait qu'il existe des hommes manquant des choses les plus nécessaires à la vie, tout en ayant la capacité et le désir de travailler, sera toujours lié à des vices de l'organisation sociale. Il ne suit pas de là pourtant, comme le pensait Fichte, que l'assistance des pauvres soit en première ligne l'afTaire de l'Etat, et en seconde seulement celle des particuliers. L'intervention de l'Etat ne doit être, ici comme ailleurs, que le moyen dernier, le complément nécessaire de l'action des forces libres. La philanthropie libre a précisément pour tdche de prévenir aussi longtemps que possible l'intervention du pesant appareil de l'Etat.
L'action philanthropique de l'Etat a été combattue de deux ©ùtés très dilférents. — D'abord on a vu dans l'assistance publique un mauvais communisme, oîi l'Etat distribue ses dons, sans avoir sur le donataire une influence suffisante. S'il est impossible d'interdire à ceux qui profitent de l'assistance de contracter mariage, l'assistance publique contribue à augmenter le nombre des malheureux. Aussi a-t-on demandé, au lieu d'une assistance, une assurance publique, h laquelle les ouvriers seraient alors contraints de prendre part^ Mais il n'est guère facile de comprendre comment on pourrait amener des gens qui n'ont pas dans le présent de quoi subvenir à leurs besoins à s'assurer l'avenir. Ce remède suppose donc que, d'une ma-
* TeUe est par exemple l'opinion des économistes allemands Wagner et ScuàFFLE (Schônbergs Handbuch der polit. Oekonomie. 1" édit.. H, p. 598 : 615.) — Cf. su m XXVI, 14.