XXXV. — 3. L'ORGANISATION DE LA PHILANTHROPIE
l'Etat à notre aide est partout essentiellement la même : c'est l'insuffisance des forces libres, insuffisance dont la moindre raison n'est pas l'imparfaite organisation. Le danger, il est vrai, est aussi partout le même : c'est que le système et la puissance nécessaires ne s'étendent par trop aux dépens des fins proprement dites. Ce danger toutefois existe aussi, naturellement, h un degré moindre, dans l'organisation de la philanthropie libre ; il se présente partout où la relation immédiate entre donateur et donataire cède la place à une relation médiate. 3. — Lorsque l'Etat intervient, la force est toujours à l'arrière-plan, et l'on applique un procédé systématique qui n'est pas toujours en harmonie avec les circonstances individuelles de fait. C'est ce que firent voir sur une grande échelle en Angleterre les conséquences de l'ancienne législation, datant du temps de la reine Elisabeth. Par suite à la fois du sans gêne administratif, de la centralisation excessive et de la manie de traiter tous les cas d'après un unique schème abstrait, par suite enfin du contrôle insuffisant de la part des contribuables, les pires abus se produisirent. Comme les secours étaient accordés sans enquête sérieuse, les pauvres s'habituèrent h l'insouciance et à l'imprévoyance. Ils ne pensaient plus au lendemain ; au pis aller, ne seraient-ils pas, eux et leurs enfants, entretenus aux frais de l'Etat, et leur sort ne serait-il pas encore préférable à celui de beaucoup des gens qui travaillaient péniblement pour arriver h payer leur part de la taxe des pauvres? Cet état de choses n'engendrait pas seulement l'insouciance et la paresse, mais encore l'ingratitude et l'égoïsme. Les enfants se refusaient à secourir leurs vieux parents et laissaient ce soin aux pouvoirs publics. La démoralisation devint si grande que le lord chancelier Brougham put dénoncer à la Chambre des lords la loi anglaise sur les pauvres comme la principale causr de l'immoralité du peuple et de l'augmentation des crimes. Depuis la fin du xviii^siècle, une coutume générale s'était établie d'après laquelle les communes ajoutaient un supplément aux salaires lorsqu'ils étaient insuffisants. L'assistance des pauvres fût ainsi transformée en une véritable assistance des patrons, qui pouvaient dès lors baisser le salaire au-dessous du taux nécessaire à l'entretien de l'ouvrier M La législation nouvelle
* Dos Armenwesen. Fivi nacli Duchùtt-l uiid Navillc. Von einem deut-