XXXVII. — 6. LE DROIT ET LA MORALE PRATIQUE
américaine renferme une intéressante étude sur la genèse et l'importance de l'opinion publique, le nombre des gens appartenant à la première catégorie serait très petit aux Etats-Unis, il serait au contraire relativement grand en Angleterre ; mais, par cela même, la troisième catégorie paraît être proportionnellement moindre qu'en Angleterre et elle le serait davantage encore si les immigrants et les nègres ne comptaient pas dans le nombre. Aussi serait-il plus difficile aux Etats-Unis que partout ailleurs de faire voir le développement progressif de l'opinion publique, car là plus que partout sa naissance et son évolution auraient le caractère d'un imperceptible accroissement. Le nombre des esprits supérieurs serait petit, mais il y aurait une foule de gens capables de comprendre les idées et celles-ci se répandraient extrêmement vite dans de vastes cercles ^ A cette expansion la réflexion et la conviction n'auraient souvent qu'une faible part; mais l'instinct d'imitation jouerait un rôle capital, et il n'est pas rare qu'une opinion publique se forme uniquement parce qu'elle paraît déjà existera
L'opinion publique peut souvent être plus élevée sous le rapport moral qu'aucune des personnes contribuant à la former et qui l'admettent. Ce fait n'est pas en lui-même plus singulier que celui de la supériorité de l'organisation juridique sur l'état réel du pays, qui résulte déjà de la nécessité des dispositions pénales, ou que celui de lïi grande différence susceptible d'exister entre les convictions morales d'un individu et, d'autre part, sa volonté et ses actes réels. Il lient sûrement aussi en partie à ce que chacun de nous voit une paille dans l'œil du voisin et oublie la poutre qui est dans le sien propre, d'où une sévérité de l'opinion publique que les particuliers négligent volontiers de s'appliquer à eux-mêmes ^
Comme l'organisation juridique, l'opinion publique doit être, elle aussi, réduite au minimum nécessaire. Elle choque plus que
* James Bryce. The amci'ican commonweallh. Londres, 1885, III, p. 10-13; 09-105. — Bryce trouve en particulier clans l'Aiiiérique du Xord plus d'esprit critique k l'égard de la presse ; le public américain lui sendile être plus iroid et plus prudent que celui de l'Europe, et ne pas s'en laisser imposer aussi facilement parle mystérieux « nous » (p. 37 sqq.).
* HoLTZENDORFF. Wescji uiid Wcrt der o/J'entlichen Meinung, Munich, 1879, p. 93.
^ Cf. RûMELiN.f/eôe/' den Zusammenhang der sUtlichen und inlellektueUen /îîWMn7 (Reden und Aufsatze. Neue Folge), p. 24.