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XXXVIII. — 4. IMPORTANCE MORALE DE L'ÉTAT

auraient pu le désirer à la suite d'un libre accord, de manière par conséquent à ce que les intérêts de tous entrassent en ligno de compte, dans la mesure où ces intérêts sont suceptibles de s'harmoniser entre eux.

Au reste, les vestiges que nous pouvons découvrir de l'évolution historique du rapport entre l'Etat et l'individu ne nous suggèrent pas l'idée que l'Etat soit historiquement né de runion d'individus indépendants. En laissant de coté les conquêtes, qui supposent en effet déjà des Etats donnés, la formation des Etats paraît s'être faite par la fusion de hordes, de groupes ou de familles isolées, quelquefois aussi par le simple accroissement et le développement d'une seule et même famille. D'individus particuliers indépendants il n'est à vrai dire pas du tout question aux étapes primitives; ils sont simplement considérés comme des parties de la famille ou de la tribu. Mais pendant l'évolution historique a lieu une désagrégation ou « pulvérisation » des groupes originels. L'individu s'atfranchit graduellement. Le principe de liberté se fait lentement jour (cf. XXIII). Ce processus d'émancipation apparaît avec une clarté de plus en plus grande en allant de l'Est à l'Ouest : il est moins frappant en Asie, où par exemple les communautés villageoises indiennes subsistent encore aujourd'hui, qu'en Europe, moins dans l'Europe orientale (pays slaves) que dans l'occidentale (France et Angleterre) '. Une conception individualiste poussée à bout conroit ce processus comme achevé et mesure les formes politiques historiquement données au degré où elles s'approchent de cet idéal.

La grande importance de Tindividualisme consiste avant tout en ce qu'il fait bien ressortir le principe de la personnalité, la valeur de chaque individu particulier. C'est la grande tache de l'Etat, comme d'ailleurs aussi de toute autre société, de travailler plus ou moins directement à développer une vie personnelle libre dans le plus grand nombre possible dindividus. L'Etat parfait serait celui qui satisferait la vie personnelle de tous les hommes, le besoin de chacun de développer ses facultés et ses tendances. L'individualisme a donc bien saisi un cùté essentiel de l'Etat idéal.

\?/^'"^ ^^^•^^^^- ^'^"■^^'^ ^aw% p. 311. — Early hislonj of InstiUitions, p. o8G sqq.

Ensuite l'individualisme a raison encore en ce que les délihérations et le chois, réfléchi des individus prennent de fait une influence croissante sur l'organisation de l'Etat et la décision des affaires publiques. Dans les pays où règne la liberté politiaue l'individu a le pouvoir de faire participer sa volonté au gouvernement général. Non seulement dans la fondation de nouveaux. Etats ou d'une Confédération d'Etats', ou dans l'établissement do constitutions nouvelles, mais encore dans les décisions particulières à prendre au cours ordinaire de la vie politique il devient de plus en plus essentiel de réaliser l'accord des diverses volontés individuelles y prenant part. De la sorte, tout ce qui vit et se développe à l'intérieur des personnalités individuelles et dans les cercles moins étendus de la société est susceptible d'influerheureusement sur la vie publique. Non seulement donc l'individualisme indique la fin dernière de la vie politique, mais encore l'un des moyens les plus essentiels de la

favoriser.

Pourtant, sous ses formes extrêmes, l'individualisme appuie trop exclusivement sur la séparation des individus ; ils les considère comme jouissant chacun d'une indépendance absolue et pose la notion de la souveraineté de l'individu. Mais autre chose est le fait que chaque individu soit un point de départ original et indépendant, autre chose celui de lui attribuer une valeur absolue, sans tenir compte de ses rapports avec les autres. S il fallait prendre le mot « souveraineté » au pied de la lettre -, toute société ne pourrait être qu'un assemblage ou un amas d'individus : aucun lien interne ne saurait se produire entre «ux. Ils concluent un pacte les uns avec les autres, mais ne

. l.cnda„l les négociations relatives à la Conslilutionfé,l^érale des Etats de !• Unéii.iue du nord, Alex.^xdek IIamilton s adressait a ses compaliiotes : 'ees i:.™! : « 11 pal-aît réservé à la population de -> X^^l^^'^^^, par sa conduite et son exen.ple, la grave question '" savon- s, d«;<=™ nautés !,u„.aines possèdent réellement le pouvoir d « i^l-l'f ",".^°" 1°^"^^^^ nement par un clioix réfléchi, ou s. elles sont ««»''"«'-^^, ■^^^""J""'^/^^ pendre, par rapport à leur constitution politique, d» 'f «^'^ J.' '>" '^ force. „ ne FedemlM, 1787, n" 1 (nouv. ed.t., Boston, 1882, p. 49). ,

' Ce qui est rare; voir cependant Dûhiung : f":'"''^'\^l''^Zt^xn "68 Ouand on dit ici que les seules atteintes admissibles d la souveiai Lté sonrcëucs qui sont nécessaires pour assurer 'IJ .'f ■- -"^^^^i^ tous, cette limitation ne saurait manifestement se déduire d« ^ ^""^^^ neté de l'individu ; pourquoi celle-ei se limiterait-e le f «""J'; ,n div^dùrèt talion suppose un point de vue qui embrasse a la lois tous les individus et où par suite la séparation ne s'applique point.

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