XXXVIII. - 5. IMPORTANCE MORALE DE L'ÉTAT
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vivent pas d'une vie commune. Une vie réellement commune devient seulement possible quand l'individu se considère et est considéré dès le début comme membre de l'espèce et de la société. La souveraineté (l'indépendance absolue et la toute-puissance) ne saurait convenir h un individu ou h tous, considérés chacun isolément. Elle ne saurait convenir qu'au peuple auquel les individus appartiennent à cause de la communauté de leur sort et de leur activité.
L'individualisme est donc obligé de faire un pas de plus. Nulle forme politique ne saurait laisser les volontés individuelles régner d'une façon continue. Là même où règne la plus grande liberté politique, le peuple n'est cependant consulté que sur des questions isolées, particulièrement importantes, comme dans les referenda de la Suisse. Dans les intervalles qui séparent ces consultations populaires, les volontés individuelles reculent à l'arrière-plan, et ce sont les organes centraux de TEtat qui dirigent la marche des affaires. L'individualisme rigoureux doit considérer ces intervalles comme des périodes de servitude. Aussi Rousseau est-il conséquent lorsqu'il écrit : a Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l'est que durant l'élection des membres du Parlement * : sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien ». C'est pourquoi Rousseau rejetait le système représentatif : la souveraineté ne saurait être représentée. Il oubliait toutefois que la volonté élective n'est pas même dans l'individu isolée des autres éléments de la nature humaine. Elle doit toute son importance à ce qu'elle est l'expression de la nature entière, du caractère total, de l'individu, et celui-ci, en se soumettant aux conséquences de son choix, ne se plie donc pas devant une force étrangère, mais devant son propre ouvrage. Aucun dommage ne résulte donc non plus pour la liberté des électeurs de ce qu'ils sont liés par leur propre choix. Sans de tels engagements, ni l'individu ni la nation n'ont de caractère propre.
5. — Si des conceptions sur l'Etat aussi diverses que les précédentes ont pu se produire, cela vient d'abord de ce que l'Etat est une chose complexe, et que son idée renferme des éléments dont les rapports mutuels sont difficiles à déterminer. Mais cela tient aussi à ce que l'Etat est seulement encore en voie d'évolu-
* Contrat social, Ul, 15.