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XXXVIII. — 5. IMPORTANCE MORALE DE L'ÉTAT

tion, ses divers éléments n'ayant pas encore été rassemblés en une connexion réciproque stable, et que, dans le cours de cette évolution, tantôt l'un, tantôt l'autre des éléments se pousse au premier plan. La force, le droit et la culture soutiennent entre eux, aux diverses époques, des rapports différents. Or il s'agit de savoir si nous pouvons leur assigner un rapport normal, c'est-à-dire un rapport répondant le mieux possible aux exigences du principe du bien.

Rappelons ici cette importante vérité que le spontané précède constamment le réfléchi. Les institutions et organisations fondées par les hommes avec conscience et réflexion supposent qu'il s'est spontanément développé un fonds susceptible d'être arrangé et utilisé d'une certaine façon. Dans nos institutions et nos organisations, nous ne commençons jamais absolument depuis l'origine. Cela est vrai psychologiquement du rapport de la volonté élective aux autres faces de la vie psychique et cela ne Test pas moins sociologiquement du rapport de l'Etat au peuple. L'Etat doit organiser et protéger la vie du peuple, mais il ne l'engendre pas depuis son premier début. Tout d'abord la vie morale, dans son essence la plus profonde et dans son origine, est indépendante de l'Etat. Elle naît de sentiments qui se développent durant la vie en commun des individus, mais qui ne sauraient être provoqués par la force. L'Etat peut, avec la simple force, inspirer la crainte ; mais cela ne le mène pas loin. Il inspire seulement le respect si l'individu découvre que l'Etat est dirigé par des principes auxquels il se sent lui-même soumis dans son for intérieur. Quand l'Etat réclame l'obéissance pour des raisons morales, il fait par conséquent appel à une force qu'il n'a pas lui-même suscitée, mais dont il suppose néanmoins l'existence. Les principes moraux proclamés et appliqués par l'Etat dans sa constitution et ses lois se sont d'abord développés dans la conscience du peuple. — L'Etat ne produit pas non plus la vie familiale. Elle a sa racine dans la nature humaine : c'est seulement dans leur manifestation extérieure, non dans leur origine et leur intime essence que ses formes sont soumises à l'intervention de l'Etat. — La culture, elle non plus, n'est pas l'œuvre de l'Etat. Elle se développe dans la société libre. L'origine de la culture, soit matérielle, soit mentale nous ramène toujours à des individus particuliers, dans la conscience desquels les nouvelles idées se sont produites.

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