XXXIX. — 4. LE POUVOIR REPRESSIF DE L'ETAT
société et par les conditions qu'elle lui a imposées. Nous pouvons souvent apercevoir dans la violation du droit le simple effet des inconvénients et des vices de la société. En condamnant le coupable, la société se condamne par conséquent ellemême. Quand la société est forcée de considérer ainsi la violation du droit, dans une plus ou moins large mesure, comme son propre ouvrage, le droit d'éduquer le délinquant se transforme en un devoir, et la nécessité d'une individualisation de la peine devient d'autant plus évidente. Seule, une doctrine considérant l'individu comme commencement absolu de tous ses actes pourrait soutenir qu'en violant l'organisation juridique, il se met absolument en dehors de la société, de sorte que celle-ci n'ait plus d'obligations envers lui. Pourtant ce ne sont pas seulement les vues indéterministes qui aboutissent h ce résultat. L'école criminaliste dite italienne (Lombuoso et ses disciples), qui voit dans les criminels endurcis des reproductions ataviques d'un type humain primitif, dépassé par les sociétés civilisées dans leur fond essentiel, croit également pouvoir soutenir que la société n*est aucunement solidaire du criminel et n'a aucune obligation envers lui^ 11 est clair cependant que c'est déjà un signe d'imperfection de la société si le.s dispositions héréditaires se conservent toujours et n'attendent qu'une bonne occasion pour devenir des réalités. Gela montre que l'esprit de la société est incapable de pénétrer réellement la nature des individus particuliers et que ni 1 éducation ni les rapports sociaux ne sont comme ils devraient être -.
Plus on sera attentif à l'influence des circonstances sociales sur le caractère et la conduite de l'individu, moins on attendra de grands etfets du seul système pénal. Celui-ci doit être regardé comme une partie du grand processus total d'éducation que le genre humain doit parcourir au moyen des institutions sociales. Dans l'éducation sociale comme dans l'éducation ordinaire des enfants, une influence indirecte et préservatrice se substituera progressivement h l'action directe cherchant à réparer par la peine le mal une fois commis. Dans son Utopie, Thomas 3Iorus
' Cf. Garofalo. La Criminologie. Paris. 1888, p. 55 sqq ; 417 S(iq.
* Voir ma critique do la théorie de l'école italienne dans le Journal o, Elhics, \, p. 55-60. Toutefois Lonibroso a modifié depuis ses vues {au congrès d'anlliropologic criminelle de Genùve en 1896) sur plusieurs points essentiels.