‹ Morale [microform]Chapitre 255 sur 284 · XXXIX. — 5. LK POUVOIR REPRESSIF DE L'ETAT · texte numérisé non relu

XXXIX. — 5. LK POUVOIR REPRESSIF DE L'ETAT

gorique qu'un homme doit être traité comme il traite les autres. Mais cet impératif n'est qu'un ukase arbitraire. Par contre, il suit très clairement du principe du bien qu'on n'a pas le droil d'inflisrer des souffrances à un homme s'il ne doit en résuUrr soit pour lui-même, soit pour la société, soit pour les deux, un bien d'autant plus grand. 11 ne faut jamais rendre le mal pour le mal, sauf si le mal rendu est un bien caché. 11 suitégalemcul du principe du bien que personne ne doit être traité simplement comme moyen — pas même comme moyen d'appliquer des maximes abstraites, et jamais, à plus forte raison, comme moyen de satisfaire d'aveugles instincts. Le talion exprime soi! un instinct de vengeance, soit un principe abstrait et prétendu évident de la raison.

« Mais aussi — dira-t-on, — était-ce de la part de Kant une faute de n^garder ce principe comme un principe de la raison pure. Il ne pn^nd un sens que si on le considère comme l'expression du sentiment moral de la société, exaspéré contre le crime et que la souffrance du criminel est seule capable d'apaiser. Le criminel doit d'abord expier son crime; alors seulement il pourrn compter de nouveau comme membre de la société. » — Colle position n'est cependant pas meilleure. Car enfin, de quel droit l'individu soulVrirait-il pour satisfaire le sentiment des autres:' 11 faut montrer la valeur et l'autorité de ce sentiment avant de pouvoir exiger sa satisfaction aux dépens d'un homme. Les sentiments humains sont excités par une foule d'objets divers: il faut donc prouver que le sentiment en question a droit de voir ses exigences satisfaites. Or essaie-t-on cette preuve, on retombe dans le principe du bien. La colère, l'indignation publiques ne sont légitimes que si elles ont pour motif une atteinte portée aux conditions vitales de la société, et si elles réclament une chose indispensable h son maintien. Il en est des souffrances infligées par l'Etat au moyen de la peine tout comme de celles éprouvées dans le remords. Celles-ci non plus n'ont aucune valeur morale « par elles-mêmes » (voir V, 3), elles en ont seulement à titre de transition psychologique nécessaire.

Si le sentiment d'indignation est réellement de nature sympathique et qu'il ne soit pas une explosion du primitif instinrt de vengeance, il réclamera sans doute une expiation, c'est-àdire une souffrance déterminée retombant sur le coupable à cause de son action, mais cette souffrance ne sera pas regardée comme

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