‹ Morale [microform]Chapitre 256 sur 284 · XXXIX. - 5. LE POUVOIR RÉPRESSIF DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

XXXIX. - 5. LE POUVOIR RÉPRESSIF DE L'ÉTAT

une fin dernière. Dans le cas contraire, il s'agit simplement d'un besoin de se soulager, sans égard aux conséquences possibles, besoin qui transforme si souvent les sentiments sympathiques en égoïsme K La véritable sympathie ne cherche pas seulement à sc^soulager : elle veut augmenter la joie et diminuer la souffrance dans l'univers; ce serait donc pour elle une contradiction, si elle croyait sur un point quelconque avoir atteint son but par une souffrance infligée. — L'expiation est souvent aussi désirée parle coupable lui-même. Il n'y a rien de mystérieux à cela, et la doctrine du talion ne saurait invoquer ce fait. 11 est psycholo:.nqaement compréhensible que l'homme chez lequel le remords couinience h se faire sentir, éprouve du soulagement dans la souiïiance physique. Se soumettre à elle c'est se décharger d'un poids, c'est un moyen de détendre la forte tension de son esprit. De plus, en se soumettant à la souffrance, il fait preuve d'un ferme propos de rétablir entre lui et l'organisation juridique un rapport normal; en subissant la peine prescrite par elle, ne satisfait-il pas déjà à l'une de ses exigences ? Il en est ici comme dans la douloureuse connaissance de soi volontairement poursuivie par l'individu qui a réellement rompu avec une direction mauvaise de sa volonté (Voir V, 3). Un meurtrier pourra, suivant la remarque de Fichtk, trouver juste d'être tué, même par la main d'un autre criminel, ou par une force ignorante de

son crime.

Derrière la « raison » et lecc sentiment » invoqués à l'appui du caractère évident de l'idée du talion se cache le vieil instinct de vengeance, profondément enraciné dans la nature humaine. Ouaud'^nous remontons jusqu'à lui, il est facile de comprendre que les raisons fassent défaut. L'instinct, en effet, n'est pas conduit par l'idée d'un but, mais consiste uniquement dans l'impulsion à exécuter certains actes. Et comme dans ce cas les actes avaient, et ont encore en partie, une importance considérable pour la conservation de l'individu et de l'espèce, on comprend que l'instinct se maintienne et soit difficile à dompter. C'est pourquoi le jour où l'on commença de mettre en doute l'évidence du principe : il faut rendre le mal pour le mal (cf. XII, -2) marque un merveilleux progrès dans le développement moral de l'humanité. — Il est très étrange que même Kant

' Psychologie, VI, G, 7.

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