XXXIX. - 6. LE POUVOIR RÉPRESSIF DE L'ÉTAT
sur le caractère du criminel de manière à ce que la peine puisse être accomplie sans se terminer par la mort. Mettre un élève «en retenue » pour toute sa vie est une méthode pédagogique singulière, or lui prendre sa vie pour dompter son caractère ne l'est, pas moins. Il est très facile de déclarer un homme incorrigible, mais d'oii tire-t-on la preuve que tous les moyens ont été épuisés? Nous ne sommes pas assez avancés en intelligence psychologique et en art pédagogique pour avoir le droit de formuler une pareille proscription. Plusieurs expériences montrent que des meurtriers condamnés à mort, puis graciés, ont ensuite mené une vie sans reproche. Dans certains cas, il est vrai, la cause a été l'éloignement des mauvais exemples et des occasions extérieures, mais en d'autres, elle a été sûrement une modification du caractère ^
Après l'étude faite plus haut (V) sur la « Liberté de la volonté ». nous n'avons aucune raison de revenir ici sur cette question. Si la morale peut s'accommoder du déterminisme, la science du droit le pourra aussi. Toutefois, en vertu justement du fondement donné ici au droit de punir, il importera beaucoup de porter l'attention sur l'état subjectif du coupable au point de vue volitionnel. La première chose à considérer est de savoir dans quelle mesure l'acte a été voulu, s'il résulte d'une délibération claire, d'une résolution consciente de l'individu, ou d'une simple velléité-, s'il est du uniquement au manque d'attention et de réflexion, ou enfin s'il a été commis dans un état de surexcitation inaccoutumé. Dans ces divers cas, le degré de désaccord entre la volonté individuelle et l'organisation juridique est fort difl'érent, et la peine doit nécessairement varier en conséquence. On a cependant attribué souvent beaucoup trop d'importance au degré de conscience et de réflexion apporté à l'exécution de l'acte. Une réflexion longue et consciente peut dénoter l'existence dans le cœur de l'individu de grands obstacles à vaincre avant que la résolution criminelle ait pu être prise. La réflexion est donc, en pareils cas, une circonstance atténuante. Un caractère capable de commettre une mauvaise action seulement après avoir surmonté une résistance interne est moralement au-dessus d'un caractère capable de la
* HoLTZENDORFF. Dds Vevbrec/ien des Mordes, p. 177 sqq. FINE. Psychologie naturelle. Paris, 1868, II, p. 260. - Psychologie, VII, B, 1 .
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