‹ Morale [microform]Chapitre 263 sur 284 · XL. — 2. LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

XL. — 2. LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT

avec Fabandon de la croyance au gouvernement du monde par les (( idées» : ce ne sont plus les pensées mais les sentiments et les passions qui déterminent les actions humaines, et les pensées mêmes sont de simples résultats accessoires des sentiments. Puis on va un peu plus loin : ces sentiments et ces passions sont expliquées, eux aussi, par les circonstances extérieures au milieu desquelles les hommes vivent et agissent. La pensée et rintention réfléchie sont simplement considérées comme les produits de toute une série causale dont on va chercher le premier terme dans les circonstances extérieures. Mais une fois la pensée produite, elle peut cependant réagir sur les conditions d'où elle est née. L'effet est à son tour cause. C'est ce qu'oublie la théorie de Spencer. — Si la connaissance est sufïisamment profonde, elle fera comprendre aussi que la vie sociale humaine est extraordinairement complexe, et que toute intervention en un point isolé peut entraîner des efTets multiples et ramifiés. Elle rendra circonspect et persuadera qu'il est plus facile d'arriv(Mau but indirectement que par une méthode directe. Elle s'efforcera de servir à la vie, non de la régenter.

2. — Ce qui, même dans l'organisation politique la plus raisonnablement conçue, introduit toujours un élément irrationnel, c'est le rùle nécessairement joué par la force. La nécessité d'employer la force pour maintenir, au dedans comme au dehors, la sécurité et la paix atteste la persistance dans la nature humaine actuelle de tendances et de passions mal adaptées aux exigences d'une société fondée sur une solide organisation du droit. D'où la nécessité de garder, suivant le mot de Taine, le gendarme armé contre le sauvage. Mais disposer de la force et pouvoir s'en servir, cela aussi excite les appétits et les passions de la nature humaine. Tout égoïsme est à vrai dire une sorte de sentiment de puissance. La grossièreté d'un être humain peut se manifester tout autant dans l'emploi briital de la force que dans la révolte contre l'organisation destinée à être défendue par cet emploi. Le gendarme a lui-même en soi quelque chose de sauvage. Peut-être les hommes ont-ils besoin d'avoir la bride serrée ; mais ceux qui tiennent la bride sont aussi des hommes.

(c Si les hommes étaient des anges, disait Alex.\ndekIIamilton, aucun gouvernement ne serait nécessaire. Si les hommes étaient gouvernés par des anges, il ne serait pas nécessaire de con-

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