‹ Morale [microform]Chapitre 265 sur 284 · XL. — 3. LA CONSTITUTION DK L'ÉTAT · texte numérisé non relu

XL. — 3. LA CONSTITUTION DK L'ÉTAT

ri

et XXXVIII, o). Gela suppose que le peuple, en exerçant son activité clans Tassociation libre et dans les cercles plus étroits, est devenu conscient de sa force. La liberté politique de l'Europe moderne est le résultat de développements qui se sont produits dans le domaine de la culture matérielle et idéale. Le vigoureux essor du commerce, de l'industrie et de l'agriculture développa tellement l'intelligence et l'activité pratique qu'elles se trouvèrent trop à l'étroit dans les anciens cadres politiques. D'autre part, le libre développement de la vie religieuse — surtout des hérésies — porta le sentiment de la personnalité et de la liberté à un degré qui rendit impossible d'exclure le peuple du règlement de choses relatives à son bonheur et à son malheur propres. Les sectes anglaises ont joué un rôle dans l'histoire universelle par l'influence qu'elles ont exercée sur la vie politique anglo-américaine. Enfin la science moderne n\i pas seulement introduit, par ses résultats, des vues toutes nouvelles sur la nature et l'histoire, mais elle a encore suscitt', notamment par sa méthode, par la curiosité et l'esprit critique qu'elle éveille, une manière libre et hardie d'envisager les choses, qui devait s'étendre également au domaine politique. On no pouvait plus se contenter de subir un contrOde sans en exercer un soi-même. La liberté politique exprime que la vie humaine doit être dans tous les domaines dirigée par les mêmes lois; qui voudrait en extirper radicalement le besoin de ce monde devrait empêcher tout travail personnel aussi bien dans le domaine de la culture matérielle que de l'idéale.

11 ne faut pas entendre ceci comme s'il était possible de préparer d'abord le peuple à la liberté politique pour la lui donner ensuite. Tant qu'il ne possède aucune liberté, il ne saurait non plus acquérir les facultés et les sentiments que suppose une active participation à la vie politique. Le principe aristotélique se vérifie ici une fois de plus, car c'est seulement par la possession de la libeiHé politique qu'un peuple peut devenir' libre. La liberté est ici encore à la fois moyen et fin. (Cf. XXIll, t.) Un régime de contrainte et de tutelle ne saurait préparer à la liberté. C'est seulement par l'exercice et l'habitude que les facultés se développent, et l'on ne saurait acquérir aucun exercice dans l'wsa^e de la liberté, si Ton ne possède pas la liberté elle-même.

Il ne faut pas non plus l'entendre comme si la liberté poli-

tique était seulement un droit que le peuple acquerrait par son habileté en d'autres domaines. La possession et l'exercice de la liberté n'est pas moins un <i<?uo^> qu'un droit. L'Etat ne commence vraiment à exister que si le plus grand nombre possible d'individus prennent une part active à la vie politique. L'Etat en effet n'a pas d'existence en dehors ou au-dessus des individus particuliers, mais il existe en eux, dans leurs idées et leur volonté. Plus les volontés y concourent en grand nombre, plus est solide la base de l'organisation politique. L'adhésion libre et vivante des individus est la vraie force de l'Etat. La liberté politique rattache les individus à l'Etat grâce à leur collaboration spontanée à des fins politiques, et c'est un devoir pour les individus de se montrer des membres actifs de l'Etat. Aussi de grands hommes d'Etat' ont-ils regardé le suffrage universel comme une condition nécessaire pour que l'édifice de l'Etat ait des assises aussi profondes et aussi solides que possible. L'extension de la liberté politique, loin d'être une dissolution de l'Etat, est au contraire 1 achèvement de la vie politique,

La liberté politique est un des moyens d'éducation les plus puissants d'un peuple-. Elle invite l'individu à se procurer toutes les lumières et toutes les connaissances dont il est capable, afin de remplir sa fonction de membre actif de la société politique. Mais surtout elle lui enseigne à porter les yeux au delà de rhorizon étroit où sa profession l'enferme, elle lui donne le sentiment de contribuer, pour sa part, à la vie publique. La liberté politique n'est donc pas seulement une suite naturelle de l'activité dans le domaine de la culture, mais elle est encore un moyen de rendre l'Etat plus solide, puisqu'elle y rattache plus étroitement les individus, et un stimulant de l'énergique développement de la personnalité et des facultés individuelles.

-Même sans être partisan d'un gouvernement tuteur ni de la l»ureaucratic, on peut très bien accorder que la liberté politique «1 de grands inconvénients. On peut en faire un mauvais usage,

* Alexa.n'dek IIA.MILTON. (The FederaUst. 1787, nouv. éd. Boston. 4882. p. i)î)j. — BisMAUCK (Cf. Fursl-llisnmrck als Rednev. Vollstiindigo Sainml'ini,' doi' pailanieiilarischcn Redon Bismarcks, il, p. 194 sqq.)

* Cf. James Bryce. The American Commonweallh. Londres, 1888, II, p. 316 ; « Le suffrage universel, tel (|u'il existe aux Etats-Unis, nest pas seulement un grand ntoyen «Tassujance pour l'avenir, mais aussi peul- 'Hrc la puissance éducatrice la plus forte à laquelle les masses humaines aient été jamais soumises. »

[il '■

Page 1