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XL. — G. LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT

qu'elle assure à la magistature suprême, a rencontré, h cause des garanties présentées h ces points de vue, l'adhésion de î;ens pour qui l'évolution d'un « gouvernement démocratique » n'est pas sans offrir de sérieux inconvénients^ Il faut bien remarquer que ce n'est pas seulement l'impatience et le désir immodéré de changement, mais aussi l'inertie conservatrice, qui peuvent avoir besoin d'être inhibés par la réflexion. Les opinions démocratiques peuvent renfermer des préjugés, de l'égoïsme et de l'étroitesse qui céderont seulement peu à peu h une connaissance plus claire et à des idées plus libres. Des réformes importantes et bien fondées peuvent rencontrer de la résistance dans la foule. et celle-ci, dans son antipathie pour les idées nouvelles, préférera même peut-être, nu moins pendant quelque temps, un régime ennemi de la liberté. L'histoire des plébiscites en France en fournit des exemples très clairs. Les Jésuites de Lucerne trouvèrent leur compte, en 1844, à réclamer un plébiscite. Le référendum, introduit par [la constitution fédérale de 1874, s'est montré une institution très conservatrice. Suivant les lois delà Confédération helvétique, une loi est soumise h la ratification populaire quand 30 0CO électeurs le demandent. De 1874 à 1893, le référendum a été appliqué à 19 lois (sur 196). De ces 19 lois le peuple n'en admit que 6, rejetant toutes les autres. Dans le canton de Zurich, où toute loi est soumise à la ratification populaire, sur 128 lois votées de 18o9 h 1893 par le Conseil cantonal, 97 seulement ont été admises. Généralement, dans les cantons où la ratification populaire est obligatoire, un quart au moins des lois admises par le pouvoir législatif sont rejetées-.

Un autre danger tout contraire, dans une constitution fondée sur la liberté politique, est celui de consacrer trop de temps à réfléchir, négocier et discuter, et par suite de ne pas vouloir et agir avec l'énergie nécessaire pour la conservation et le progrès de l'Etat. L'intervalle, qui nous a semblé si nécessaire, prend alors trop d'extension ^. Toutefois ce danger, comme d'ailleurs

• He.nrv Maine. Popiilar ffovei'ument. Londres, 1885. — Pai* un pliénoniène assez cnricux, l'auteur (jui* dans ces dernières années, s'est prononcé avec le plus de compétence et de talent contre le gouvernement démocrdlique n'est pas loin de regarder la constitution nord-américaine comme un i«iéai.

* Lawrence Lowell. The refet-endum and initiative (Journal of Etlùc?, IV, p. 52).

' Ici encore, nous avons en psvchologie queltfue chose d'analogue. Cf. Psychologie, VII, B, 3.

le précédent, diminuera h mesure que la confiance régnera davantage entre le peuple et le gouvernement. Aussi longtemps seulement que dureront la méfiance à l'égard des gouvernants et la crainte de leurs abus, on s'efforcera de restreindre le plus possible le pouvoir exécutif. Mais dès qu'au contraire la conliance se sera développée, on trouvera le peuple prêt à mettre à la disposition du gouvernement tous les pouvoirs nécessaires pour accomplir ses taches. Sans une telle confiance, aucun Etat libre, voire même aucun Etat absolument ne saurait être un Ktat fort. Mais, nous l'avons déjà remarqué (XXXVIII, 7 fin), on voit justement par là que tout Etat est un pis aller. Le juste rapport entre la force et la liberté ne s'établira qu'à la suite de nombreuses oscillations et de nombreuses luttes, luttes dont les deux partis en présence peuvent être responsables.

G. — Sous le règne de la liberté politique, c'est la majorité des électeurs qui déterminera le règlement des affaires. Il n'en saurait aller autrement. S'il faut prendre une décision, il vaut mieux que la minorité se conforme à la majorité qu'inversement. La volonté de la majorité est la plus grande force motrice, et seule elle est apte à représenter la volonté générale, quand il n'y a pas unanimité absolue. Demander à la minorité de se plier devant la volonté du plus grand nombre, cela suppose que la minorité veut, elle aussi, le maintien de la société; de cette volonté supposée dérive nécessairement la reconnaissance de la volonté sociale la plus forte comme décisive K La seule chose que la minorité puisse équitablement réclamer, c'est la faculté d'exprimer librefJient ses idées et d'exposer ses raisons. Il faut accorder à la minorité le moyen d'essayer de convaincre la majorité et de devenir ainsi elle-même majorité. C'est pourquoi il importe beaucoup que les minorités soient représentées, et 1 idée de la représentation proportionnelle, qui est la plus pratique sous ce rapport, influera puissamment sur l'évolution politique future. Elle seule assurera une réelle représentation du peuple.

Toute chose grande et bonne est d'abord issue d'hommes particuliers et a trouvé dans des cercles restreints sa première culture. (Voir XXXVIII, 5.) Mais il n'y a pas d'objections à tirer de là contre le droit de la majorité de déterminer la décision

' John Locke. Of civil government, II, 96.

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