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XL. — 6. LA CONSTITUTION DE L'ETAT

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finale. Aucun individu, aucune minorité ne saurait exiger que ses idées triomphent immédiatement et sur-le-champ. Ils le peuvent d'autant moins que la majorité elle-nu^me n'a pas le droit de donner instantanément à sa volonté force de loi. Le règne de la minorité serait une tyrannie plus odieuse que celui de la majorité. La minorité se compose en effet au hasard, et on ne saurait raisonnablement admettre qu'elle comprend toujours les meilleurs et les plus éclairés. Elle peut être aussi bien radicale que conservatrice. Mais si la minorité gouvernait, un plus grand nombre de gens en tout cas seraient obligés do plier leur volonté et leur raison que dans le cas contraire. Naturellement, le parti de la minorité peut être le bon. On ne saurait pas plus éviter ici les conflits tragiques de ce genre que par exemple dans les rapports entre le droit et la morale (XXXVII, 3). Le droit de la minorité ne saurait excéder la liberté de développer librement ses idées, de les manifester avant la décision et de critiquer la décision elle-même.

C'est un reproche souvent adressé h la constitution démocratique, où la volonté de la majorité fait loi, d'amener la tyrannie du grand nombre et d'être peu favorable à la production d'hommes sortant du commun et d'idées originales. Dans le remarquable écrit qui contribua pour une si grande part à la naissance de la constitution fédérale des Etats-Unis, Alexaxdek Hamilton exposait comment ce danger peut être évité. Il voyait un frein «a la tyrannie de la majorité dans la multitude des intérêts et des tendances compris dans un Etat qui ne serait point par trop petit. Tout comme la multiplicité des sectes assure la liberté religieuse, la diversité des intérêts assurerait la liberté politique. Hamilton y trouvait précisément un argument en faveur de l'établissement de l'Union, car la liberté serait suivant lui moins grande dans les Etats de l'Amérique du Nord, si chacun d'eux voulait former un tout fermé K Quand Tocqueville, un demi-siècle après, visita l'Amérique et écrivit ensuite son célèbre ouvrage sur « la Démocratie en Amérique », il trouva dans la tyrannie de la majorité un défaut capital du peuple américain et de sa constitution. « Je ne connais aucun pays, dit-il, où règne en général une moindre indépendance d'esprit et moins de vraie liberté de discussion qu'en Amérique. La nia-

* TheFederalisl (1786), n«51 (Boston, 1882, p. 401).

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