‹ Morale [microform]Chapitre 269 sur 284 · XL. — 7. LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

XL. — 7. LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT

jorité enserre la pensée dans un effroyable étau. » Une étude plus récente des choses américaines arrive cependant à un autre résultat. James Bryce est disposé à croire qu'ici, comme sur d'autres points, Tocqueville a jugé trop vite. Bryce, en tout cas, n'a trouvé aucune tyrannie de la majorité, ni en politique ni en religion. Il n'est pas davantage d'accord avec Tocqueville dans cette opinion, souvent reprise depuis, que le sol démocratique serait défavorable à l'originalité des hommes et des idées. Il trouva, au contraire, que les Américains étaient enclins au culte des héros, et que tout individu ayant fait œuvre marquante dans un domaine quelconque de la vie mentale était chez eux prisé plus haut que dans la plupart des pays de l'Europe. En général, suivant les observations de Bryce, les classes supérieures en Amérique n'ont rien perdu, par suite du développement démocratique, sous le rapport de la culture, mais les classes inférieures ont gagné en indépendance. Tocqueville paraît en somme avoir attribué beaucoup trop d'importance h la forme du gouvernement, envisagée d'une façon doctrinaire, pour la vie générale du peuple^.

7. — La liberté politique entraîne la formation d'une espèce particulière d'association, tout aussi libre que l'association de culture, mais pourtant très étroitement liée à la vie politique et ayant sur elle une grande action. Elle amène en effet d'une manière toute naturelle l'union de ceux dont les vues sur les grandes questions politiques concordent, c'est;à-dire la formation de partis politiques. Cette formation a sa raison à la fois dans la multiplicité des aspects sous lesquels les grandes questions politiques sont susceptibles d'être envisagées et dans la variété des idées et des sentiments individuels, variété certainement de plus en plus grande à mesure que la civilisation progresse. L'existence de partis est nécessaire partout où règne la liberté et nul ne peut déclamer contre elle sans appartenir°du même coup h un parti pour lequel, consciemment ou non, il fait une exception. Les désagréments qu'elle entraîne peuvent disparaître grâce à un emploi meilleur et plus énergique de la liberté, c'est-à-dire par la cause même qui les a suscités.

Les motifs et les points de vue dirigeant la formation des

* James Bryce. The American Commonwealih. Londres, 1888 I d 14m, p. 134-143 ; 169 ; 534-549. . , p. 1» ,

HôFFDiNG. — Morale.

Page 1