XL. — 8. LA CONSTITUTION DE L'ETAT
grands avantages : il est plus facile de s'y procurer des renseignements exacts, tous les individus s'y connaissent à peu près et les rouages peuvent être réduits à leur plus simple expression. Toutefois, leur rattachement à l'Etat reste indispensable. D'abord, il doit exercer un contrôle pour empêcher des abus et des actes d'arbitraire au préjudice de certains individus, ensuite, il faut que les expériences déjà faites ailleurs puissent être mises à profit. Il n'existe pas plus nécessairement d'hostilité entre l'autonomie et l'administration centrale qu'il n'en existe entre la liberté politique et l'organisation de l'Etat. Si le fait que tous les citoyens aient le droit et le devoir de participer au règlement des affaires publiques donne précisément plus de force à l'Etat, cette force s'augmente encore à mesure que la vie des circonscriptions locales est plus indépendante et plus intense. Nous n'avons plus alors d'un côté un mécanisme bureaucratique officiel aboutissant en haut au gouvernement et de l'autre tous les individus particuliers et isolés. Dans beaucoup de pays européens, la monarchie absolue avait engendré un pareil dualisme ^ Et il n'en pouvait être autrement. Toutes les espèces d'absolutisme posent ce dilemme : ou l'Etat ou l'individu. Plus on donne de puissance à l'un, moins il en reste pour l'autre. Si l'on réclame une absolue concentration de toute l'action publique, l'autonomie individuelle et municipale doivent forcément disparaître. Le pouvoir central considère alors tout mouvement spontané avec défiance, et à son tour la population considérera naturellement avec une défiance semblable les mesiires du gouverneiiuînt quelles qu'elles soient. L'autonomie, au contraire, habitue les individus à s'intéresser aux aflaires communes et publiques et à travailler pour elles. L'activité déployée dans les circonscriptions plus petites alimente l'intelligence de la grande. L'autonomie est par conséquent la base nécessaire d'une vie politique libre. Sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres, l'Angleterre peut nous servir de modèle. La constitution anglaise repose, comme l'a montré notamment Gxeist, sur la solide base fournie par l'administration autonome des petites circonscriptions
' Cf. TocyuKviLLE. V Ancien Régime et la Révolution, 7«» éd., p. 100. — Gneist. Das Selfgovernment in Enrjland, 3« éd., p. 978. — W.vllace. Russia. — E. IloiM. Danmarks og Norgesindre Historié under Enevàlden fra 1660- 1720 (Histoire intérieure du Danemark et de la Norvège sous l'absolutisme), II, p. 407.