‹ Morale [microform]Chapitre 3 sur 284 · PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION DANOISE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION DANOISE

nuelles difficultés soit pour trouver la matière, soit pour la restreindre. Afin de resserrer mon exposition dans un cadre relativement limité, je me suis efforcé de donner k mon stvle toute la concision et toute la densité possibles. Personnellement, je n'aime guère les dissertations prolixes, et j'espère que nul lecteur habitué à penser ne se plaindra de ma brièveté.

Les discussions morales sont fréquentes de nos jours. Si les questions religieuses, sociales, politiques et esthétiques agitent si violemment les esprits, on voit de plus en plus nettement que le signe de la contradiction se trouve proprement dans leur aspect moral. Le moment semble dès lors opportun d'instituer une recherche où l'on se propose de mettre au jour la base et le critère des jugements moraux et d'en tirer les conséquences par rapport à certaines des circonstances les plus importantes de la vie. Une pareille recherche ne saurait naturellement épuiser tous les domaines spéciaux considérés. Elle trouvera sa justification dans la clarté qu'elle projettera sur les circonstances particulières, en les soumettant avec d'autres à une comnnme lumière. Elle suppose toutefois un besoin de remonter aux questions de principe les plus profondes. Or, on peut s'occuper avec beaucoup d'ardeur de politique, d'esthétique, de dogme ou même de morale, sans éprouver ce besoin. Il importerait beaucoup, selon moi, qu'il se fît davantage sentir; notre vie mentale y gagnerait plus de solidité et de profondeur. Dans quelle mesure mon livre est-il capable de le satisfaire? C'est évidemment tout autre

cliose.

En 1876, je fis paraître un opuscule intitulé « La Base de la morale humaine », traduit en allemand en 1880. Cet opuscule a souvent, probablement à cause de sa brièveté, été représenté comme une « morale humaine », quoiqu'il ne traitât point de la morale dans son ensemble, mais

seulement de questions particulières. Certaines de ces questions ont été l'objet d'une étude toute nouvelle; pour les autres (comme la théorie de l'autorité) je renvoie entièrement à ce premier écrit. Pourtant, la majeure partie de ce qu'on trouvera dans l'ouvrage actuel n'avait été ni traité ni même effleuré dans l'autre. .

Au moment de me séparer d'un travail qui a été pendant si longtemps le fil conducteur de ma pensée et de mes études, je ne sens que trop combien j'ai peu réalisé mes espérances, pour ne rien dire de ce qu'on serait en droit d'exiger d'un livre portant le titre vénérable de Morale. En même temps, je crains qu'on ne rencontre dans ce livre plusieurs vues trop personnelles k l'auteur et auxquelles il n'ait pas réussi à donner une forme et un fondement scientifiques. Il n'en saurait aller autrement dans une œuvre de cette nature. De plus, je dois faire ici un aveu qui pourra paraître aux yeux de savants distingués une monstrueuse hérésie. Je souhaite que la philosophie, et particulièrement la morale, revête un caractère aussi scientifique que possible, et j'y ai travaillé de toutes mes forces; pourtant l'attrait spécial que les études philosophiques ont exercé sur moi dès mon adolescence tient à ce que leurs objets ont un rapport beaucoup plus étroit avec la personnalité du chercheur que les objets des autres sciences. Cela ne m'a naturellement pas empêché de sentir k chaque pas l'obligation de donner k mes vues un fondement objectif.

Sur ce, j'abandonne ce livre k son destin. Puisse-t-il seulement rencontrer un cercle de lecteurs qui, après l'avoir attentivement lu et médité, ne le trouvent pas trop en désaccord avec sa devise finale ! C'est tout ce que j'en ose espérer.

Harald Hôffding.

Le 7 avril 1887.

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