II. — 2. MORALE THÉOLOGIQUE iZ
est mal? » semble exiger aussi la plus solide des bases, et pourrait-il en être une plus solide que la volonté d'un être toutpuissant? Si l'on peut faire appel à une semblable volonté, il faut nécessairement que toute discussion cesse et que les doutes bruyants se taisent devant l'autorité inconditionnelle.
Le bien c'est alors ce qui se confond avec la volonté de Dieu, et il n'est bien que pour cette unique raison (bonum est quia Deus vull). Platon se voit déjà obligé de combattre cette doctrine dans VEutyphron, mais elle n'a trouvé sa formule complète que vers la fin du moyen «Ige, chez Duns Scot. Ce dernier allait même jusqu'à dire que le meurtre ne serait pas un péché, si Dieu l'avait prescrit. Sous cette forme extrême, bien peu de gens consentiraient sans doute à professer cette doctrine, et pourtant tout point de vue théologique s'en rapproche en quelque façon. Le principe de l'autorité inconditionnelle se trouve impliqué dans le dogme de l'infaillibilité du pape et dans la foi littérale de l'orthodoxie protestante. La parole vivante du chef suprême de l'Eglise ou la parole écrite des livres transmis par l'Eglise font connaître ce qui est bien ou mal en vertu de la volonté de Dieu, et ceux auxquels cette parole s'adresse n'ont qu'à la recueillir et à s'y soumettre avec une obéissance sans réserve.
Essayons de nous placer à ce point de vue pour voir si les principes qu'il implique n'amènent pas avec eux des contradictions internes et d'insurmontables difficultés.
2. — Nous demandons d'abord d'où l'on sait que telle chose est la volonté de Dieu et quelle garantie on en a. Il ne peut me servir de rien de savoir qu'une chose est bonne lorsqu'elle est conforme à la volonté de Dieu, tant que je ne sais pas avec une entière certitude ce qui est la volonté de Dieu dans tel cas particulier. Or, si l'on se place à ce point de vue, c'est cette certitude qui, par la force des choses, est pour moi le grand point. Par suite, la croyance sur laquelle se fonde la morale théologique deviendra logiquement la croyance à l'Église, gardienne de la révélation et de la tradition religieuses. L'Église me garantit que son chef suprême est le successeur légitime de son fondateur, ou que les livres bibliques renferment la véritable révélation. C'est pourquoi le dogme catholique de l'infaillibilité est le point d'aboutissement logique de la morale théologique. — Si je prétends au contraire connaître la volonté divine par une expérience