THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
\. La conscience morale comme instinct, comme tendance et comme raison pratique. — 2. DilTérences individuelles. — 3. Infaillibilité de la conscience comme autorité. — 4. La sanction morale. — 5. Qu'elle suffit. — 6. La morale et l'hypothèse de l'évolution. — 7. Le devoir aura-t-il un jour fait son temps? — Peut-on faire plus que son devoir?
1 . — Dans le chapitre précédent (|| 5 et 9) la conscience morale a d'abord été décrite comme un sentiment. Mais aucun sentiment n*est sans liaison avec la vie consciente en général, et il importe de mettre ce point particulièrement en lumière, si l'on veut comprendre la nature de la conscience morale.
Il est intéressant de remarquer que l'idée de « conscience morale » est étroitement liée, à l'origine, à celle de « conscience psychologique ». Chez les Grecs, le mot correspondant (auvelSYjdiç) fut d'abord employé avec le sens général de conscience de soi, de faculté de saisir ses propres états internes, avant de recevoir le sens spécial d'appréciation morale de soi-même; de même l'allemand « Gewissen » (= Mitwissen) avait primitivement une acception théorique plus générale, avant de recevoir son sens moral spécial'. L'expression de « conscience » implique que rhomme a la faculté de se diviser en quelque sorte en deux personnes dont Tune sert d'objet à l'autre. Or la caractéristique générale de la vie psychique c'est précisément la présence d'une activité synthétique, grâce à laquelle les expériences particu-
* RuDor.PH EucKEN : Geschichle der philosophischen Terminologie. Leipzig 1879, p. 175. — Lo danois « Samvittighed » a été tiré du bas allemand (probablement au xiv« ou xv" siècle). Le bas allemand « samwittichcit » avait (comme traduction du latin conscientia) à la fois le sens de « cons cience psychologique » et de « conscience morale ». Plus ancien encore estle vieil haut allemand «gewizzen ou « gewizzida» qui signifiait ■ savoir, connaissance » et qui ne reçut que plus tard (d'après le latin conscientia) les sens de « conscience psychologique » et de conscience morale ». Je dois ces renseignements à des collègues linguistes.