IV. - 1. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
lièfes sont mises en rapport entre elles. Toute vie psychique est l'expression d'un besoin d'unité et de cohésion, d'une synthèse. Dans la conscience morale, cette propriété se manifeste d'une manière particulièrement intense et concentrée. Si -rande que puisse être l'opposition entre ce que l'homme reconnaît comme idéal et d'autre part sa propre volonté et sa propre action réelles, la conscience morale n'en a pas moins pour effet de lui faire reconnaître l'un et les autres comme siens : « Voici mon idéal, quelque contradiction qu'il puisse y avoir entre lui et ma façon d'agir » ou bien : « Voici ce que j'ai voulu et fait quelque contradictoire que cela puisse être avec mon idéal »' L'apparition de la conscience morale suppose qu'il se manifeste dans la conscience psychologique, une différence entre un contenu central et dominateur et un contenu périphérique composé des pensées, des dispositions et des volitions particulières et transitoires. La conscience morale c'est en effet la réaction du centre contre la périphérie : elle est un sentiment de relation qui prend un caractère différent suivant qu'il existe dans la personnalité, entre le centre et la périphérie un rapport harmonieux ou discordant. Il peut y avoir une grande résistance à vaincre avant que la synthèse et la comparaison mimédiates des éléments les plus élevés et des éléments les plus bas que la conscience embrasse arrivent à se faire. La descente aux enfers de la connaissance de soi, pour employer une expression de Kant, exige l'emploi d'une grande énergie mentale Mais elle s'achève d'après les lois psychologiques générales et ne fait qu'exprimer d'une façon particulièrement nette la nature générale de la conscience psychologique. Il n'y a donc aucune' raison de considérer la conscience morale comme une faculté ou un sens spécial, qui serait inné dans les hommes une fois pour toutes i. La possibilité de la conscience morale est impliquée <lans l'essence générale de la conscience psychologique; mais que cette possibilité se développe, dans quel sens — et quel contenu reçoit alors la conscience morale, c'est ce qui dépend des circonstances sociales au milieu desquelles l'individu naît et se développe lui-même (voir I, 2). La grande importance que présente, dans l'apparition de la conscience morale, le rapport de
burgi i89o p. 60), pour dire que j'admets un « sensus moralis » parti-
al