IV. — 4. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
contraste des différents éléments, fournil une explication psychologique d'un fait que l'expérience semble établirS savoir l'apparition de la « mauvaise » conscience avant celle de la « bonne » : le contraste atteint naturellement son maximum lorsqu'il y a non seulement une différence, mais une opposition tranchée. C'est pourquoi la vie morale personnelle ne naît souvent que parce qu'on se voit en conflit posilif avec ce qu'on regarde comme le juste.
Le caractère spécial de la conscience morale dépendra des lins ou des intérêts vitaux que l'individu considère comme les plus élevés et qui forment son moi réel. De cela dépendent aussi, nous l'avons vu, les différences qui séparent les divers systèmes moraux possibles, depuis la morale égoïste jusqu'à celle de l'humanité universelle. Mais si vastes que puissent être les intérêts vitaux auxquels s'est attaché l'individu, pourtant c'est toujours lui-même qu'il sent, dans sa conscience, comme un ensemble harmonieux ou discordant. Son « véritable » moi c'est ce qui vit dans ces intérêts, son moi « empirique )> c'est ce qui se manifeste dans son vouloir réel; et sa conscience morale lui découvre le rapport de ces deux moi, qui n'en appartiennent pas moins tous deux à sa personnalité. S'il renie l'un d'entre <'ux, aucune conscience morale ne naît, mais alors aussi il se trompe lui-même. Dans la conscience morale s'exprime, comme Ta montré F. G. Sibbern, une profonde sollicitude pour le moi propre, un instinct mental de conservation personnelle. Et celuici s'exprime avant tout dans la volonté d'être sincère avec soi, — alors même qu'on ne s'est pas resté fidèle.
La conscience morale n'a ni toujours ni dès le début ce caractère libre et personnel. Elle peut se sentir obligée par l'autorité et sa tâche devient alors de comparer les prescriptions de l'autorité avec la volonté et l'action propres de l'individu. Le moi « véritable » consiste alors dans l'obéissance et la piété, et il s'asit de savoir si ces sentiments sont froissés ou satisfaits par la conduite de l'homme. La puissante situation de l'Eglise catho- " lique vient de ce que, grâce aux confessionnaux, elle s'est en quelque sorte ramifiée jusque dans les centres personnels de ses adhérents. 11 en résulte une grande rigidité et un grand assujet-
« Voir ma Psychologie VI. C, 8 a; VII B. 5 a. — Cf. Albrecht Ritschel : Veber das Gewissen. Bonn 1876, p. 12 sqq. — L. Schmidt : Die Ethik der alten Griechen. Berlin, 1882, I. p. 218 sqq.