IV. - 1. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
tissement en certaines choses, mais en même temps une grande liberté dans d'autres. Car lorsque l'autorité ne s'exprime pas nettement, je possède dans la morale catholique ' — en vertu de ce principe qu'une loi incertaine n'en est pas une (lex non certo promulgata non obligat) - le droit de suivre l'opinion que je préfère, fût-elle la moins vraisemblable — quand encore elle l'est ! — Voici comment on raisonne alors : que je me noie dans dix ou dans trois brasses d'eau, peu importe ! Dès lors que je me trouve en dehors des prescriptions sûres de l'autorité je n'ai pas besoin d'y regarder de si près ! Le probabilisme est 1 accompagnement logique de la soumission à l'autorité.
Il en va tout autrement lorsque l'individu ne trouve pas sa règle en dehors de son moi et que la décision ne dépend au contraire, que de lui. Ici, il n'est pas aussi facile à la conscience libre de se sentir sûre et certaine : elle ne connaît pas de limite précise entre la certitude et son contraire. Elle a tout à la fois un caractère plus intime — puisque l'individu est ici son propre juge, et une tâche plus vaste, — puisqu'elle doit chercher sans relâche à tirer des enseignements de la vie.
La fin ou l'intérêt vital qui forme l'unité de la volonté et de l'action réelles n'apparaissent pas toujours à la conscience psychologique. On peut se sentir porté à approuver ou à désapprouver un acte, sans se rendre compte de ce qu'il a proprement satisfait ou froissé en nous. Nous avons ici quelque chose d'analogue à ces cas où se manifeste l'effet de contraste d'une sensation dont on ne saurait prouver qu'elle a été présente à la consr cience, ou dont la présence, en tout cas, y a été si courte et si fugitive que la sensation n'a été ni remarquée ni retenue^ Dans les cas de ce genre, la conscience morale prend un caractère mystérieux sur lequel insistent surtout ceux qui contestent son origine naturelle et qui regardent comme du (c matérialisme » toute tentative faite pour expliquer sa naissance d'une manière historico-psychologique. L'explication se trouve, en bien des cas, dans un intérêt permanent qui, à force de se répéter, peut glisser sous le seuil de la conscience psychologique, sans pourtant cesser pour cela d'agir. Entre le conscient et l'inconscient il existe une relation ininterrompue d'action réciproque.
* Victor Cvthrein, Philosopkia moralis, p. 132.
* Psycholoffie, III, 6.
HôFFoiNc. — Morale.