IV. — i. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
Dans les cas de ce genre, la conscience morale prend le caractère d'un instinct. L'activitt' instinctive est caractc^riscîe d'une manière générale par ce lait qu'elle sert à une fin qui n'est pas elle-même objet de la conscience. La manière obscure et iuconditionnde dont agit souvent la conscience morale ne peut sans doute s'expliquer que si l'on admet l'intervenlion d'tîlénienls héréditaires. On peut avec raison parler d'une conscience de la race, et la tradition commune ne fournira pas toujours une suffisante explication. Mais, tout en admettant l'existence d'éléments héréditaires de la conscience morale, il ne faut pas oublier que les dispositions léguées sont toujours indéterminées, et que leur mode de développement dépend des circonstances et des traditions au milieu desquelles l'individu grandit. L'individu s'approprie sans le vouloir la moralité positive et acquiert par lamême les fins et les intérêts vitaux qui déterminent la vie de sa conscience morale. Les mœurs et les coutumes régnant dans la société sont immédiatement senties comme obligatoires. De même que la vie affective dans son ensemble se développe sous l'action constante, mais silencieuse des conditions vitales ', de même la vie de la conscience morale de l'individu ne se laisse pas toujours ramener à des expériences tout à fait précises et particulières. De là vient en partie le caractère mystérieux des lois non écrites. L'enfant entend ceux qui l'entourent approuver ou désapprouver sa conduite, se voit l'objet de jugements moraux, et, à cause de sa grande tendance à l'imitation, il répète à l'occasion ces jugements, devient par là même sans le vouloir son propre juge et se considère du point de vue de ceux qui l'entourent. En même temps, il est poussé — toujours involontairement — à imiter son entourage dans sa conduite ; il se met ainsi à pratiquer les vertus que la société dans laquelle il vit réclame de préférence. Comme le dit Akistote-, il agit bien avant de devenir bon, de même qu'on ne devient citharislc qu'en jouant de la cithare. L'action précède en ce sens l'aptitude. Par l'imitation, tant passive qu'active, l'enfant s'engage ainsi dans la morale pratique de la société et rec^oit de la sorte en partage sa première forme de conscience morale. La conscience n'existe pas encore ici à l'état de faculté libre et individuelle
' Voir Psychologie, III, 7 et VI, F, 4, c. ' Llh. Sic, H, 1. 1103 tt 33.