IV. - 1. THiioRIE DE hX CONSCIENCE MORALE
d'appréciation, elle n'est qu'un écho qui résonne peut-être dune manière profonde et intime, mais pourtant du dehors dans le for intérieur de l'individu. Ce qui se produit constamment pour l'enfant est vrai, aux premiers degrés de la civil si
en généra Leurs idées morales et leur genre de vie sont tout d abord déterminés par le milieu social. La crainte et le respec des dieux de la race, qui représentent évidemment les expériences du passé, la considération qu'on éprouve pour les mœurs, la coutume et l'opin.on publique (S^j^ou ,â.,-), voilà ce qui à ce degré, -comme nous l'apprend notamment l'histoire prim'itive du peuple grec - détermine les jugements et les actes dl! hommes. Le respect des dieux empêche de se servir de flèches empoisonnées (Orf,s.., I, 261-263), et un fils qui dans un mouve! ment d rritat.on projette de tuer son père, est retenu par la pensée de ce que dira le peuple et par celle des railleries nom-
père {/had., IX, 460 sqq). A ce degré, la conduite morale se présente sous sa forme la plus noble, comme déterminée par la considération des autres hommes. Celle-ci peut aller jusqu a la honte et au respect (aX8.;) et n'être pas seulement ressentie devant les vieillards et les puissants, mais auss devant des égaux, voire même devant les pauvret et les r^a heureux, de sorte qu'elle peut se confondre avec la pitié Jous voyons ici comment la sympathie, en tant que mobile d appréciation et d'action, exerce une influence caractéristique sur la moralité positive, l'ennoblit et l'empêche d'être un simple souci du qu'en-dira-t-on. Les Grecs distinguaient cette noble pudeur du sentiment de la honte (aîayOvr.) qui n'est que la peur de s'attirer le blâme. Le passage l la conscience morale proprement dite sous une forme libre et individuelle est indiqué dans ce précepte, formulé par les philosophes DémocniTE et Theophraste : « Aie honte devant toi-même, et tu n'auras pas besoin d'avoir honte devant les autres ,, '. En faisant de la connaissance de soi-même la condition nécessaire de 1 action droite, Socn..TE fit un pas décisif pour ce mouvement du dehors vers le dedans ; enfin l'émancipation de la conscience
* Voir une intéressante étude sur les idées d'a-of.»" m a'^.!^.^/ L. ScHMiDT : Die Ethik der aUen GrieX^tp 168-^86 ^ '' ''"'
jg IV. 1. THÉORIE DE LA CONSCIENCK MORALE
morale s'achève avec les Stoïciens, qui d'ailleurs fixèrent la si^'nification morale du mot « conscience ». — La dissolution et'^la ruine de la civilisation antique interrompit cette évolution, et, avec la hiérarchie du moyen âge, le principe d'autorité apparut sous la forme la plus nette et la plus consciente qu'il eût jamais revêtu jusque-là. Lq protestantisme et \â philosophie moderne soutiennent de nouveau, en pratique et en théorie, la cause de la conscience libre ». Tant que la conscience n'est que « l'écho des autorités », il subsiste une opposition entre la conscience et la liberté car, aussi longtemps, l'appel fait à sa conscience équivaudra h l'abandon de toute tentative pour justifier son jugement et son action. La paix de la conscience devient alors un oreiller commode pour le sommeil, et l'obéissance « scrupuleuse » à l'interne « tu dois » une sorte d'asservissement raffiné. Si par conscience morale on n'entend autre chose qu'un écho social, il est logique de proclamer que r« homme de raison libre » ne saurait avoir de conscience K Mais, comme nous l'avons vu, la conscience morale est en rapport étroit avec la nature générale de la conscience psychologique. Puis, une fois la connaissance de soi-même éveillée de manière à ce que l'homme soit capable de prendre conscience de ses fins les plus hautes, il sera possible d'entreprendre une étude claire et approfondie de la justification de ses jugements et de ses actes, et non seulement cela sera possible, mais deviendra encore un besoin mental. En particulier, comme on Ta montré plus haut (III, 16), la conscience dont le mobile d'appréciation est la sympathie universelle sera nécessairement poussée à rechercher, par tous les moyens à sa disposition, l'influence de l'acte ou du jugement sur la vie en nous et en dehors de nous. Jusqu'où cette recherche peut-elle s'étendre dans les cas particuliers ? C'est ce qu'il est naturellement impossible de prédire d'avance. Il en sera ici comme en toute connaissance : où l'un s'arrête, un autre pourra peut-être continuer. Nous sommes tous plus ou moins bornés.
La libre conscience morale tendra à se développer jusqu'à prendre d'elle-même une connaissance plus expresse que ne le fait la conscience instinctive, liée à la moralité positive. Des
* Voir mon ouvrage : Geschichte der neueren Philosophie, I, p. 9-74. « Bruno Wille : Die Philosophie der Befreiung durch dos reine Mittel, Berlin 1894, p. 243 sqq.