IV. - 1. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
images idéales se formeront spontanément, qui s'écarteront plus ou moins des modèles traditionnels. Au pur instinct, qui agit automaliquement, se substitue alors une tendance ayant conscience de son but. Les expériences et les réflexions déterminent l'évolution des images idéales. L'individu cherche à maintenir son Idéal contre les résistances du dedans et du dehors; par là même, cet idéal se présente à lui avec plus de clarté, tandis que
la possibilité demeure pour lui de le changer et de le transformer : parfois d'ailleurs la résistance éprouvée peut paraître justifiée, et ^elle amène alors un nouvel examen de soi-même. Et même si l'homme, à cause de sa faiblesse, n'est pas toujours capable de maintenir son idéal contre les résistances, la tentative pourtant ne demeure pas sans effet : la force a été exercée et pourra peut-être s'accroître jusqu'à laprochaine lutte. Ces essais constituent les expériences de la conscience morale. Dans le détail, elle se développe conformément aux lois psychologiques générales. Tanlùt les lois de l'association des représentations suscitent des pensées et des difficultés, tantôt c'est à un effet de contraste que l'éveil de la conscience est dû. Grâce à des fusions de représ(^nlations, à des mélanges de sentiments, à des substitutions et à des suppressions, grâce aussi à une concentration expresse de la volonté en des directions déterminées, il se dégage des expériences de l'individu une résultante qui décide de quelle manière il se comportera, quand des occasions nouvelles viendront réclamer son jugement et son action.
Sans perdre complètement son caractère d'instinct ou de tendance, la conscience morale pourra, en se développant, devenir ce qu'on a très bien appelé la raison pratique. Il naîtra un besoin de rigueur et de totalisation des idées morales. Les actes non seulement réels, mais encore simplement conçus, sont poursuivis dans leurs conséquences ; des idées se forment de tous les êtres, doués de la faculté de jouir et de souffrir, qui peuvent être touchés par les actes et par leurs effets. Une expérience historique développée aura surtout de l'importance ici". G est grâce à elle que la philosophie grecque, dans sa dernière période, fut amenée à triompher de l'opposition entre Hellènes et Barbares, et que la philosophie moderne est arrivée à une conscience de l'humanité qui s'est élevée au-dessus des différences de classe et de religion. L'expérience historique contribue tout aussi bien que la rigueur logique aux continuelles cor-