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IV. - 2. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE

d'après toute son originalité, il n'était pas non plus (comme le dit Schleiermacher) tout h fait actif. Et plus l'individu dans ses actions les plus importantes peut opérer du plus profond de son originalité, d'autant plus il apparaît non pas seulement comme un moyen, mais aussi comme une fin ; son action s'accompagne alors de la plus profonde satisfaction personnelle.

Il faut certainement faire encore un pas de plus. Il peut y avoir des hommes qui ne possèdent proprement aucun sentiment moral et qui n'en éprouvent pas non plus le besoin. Ce que ces hommes peuvent faire, ils le font de tout cœur, sans instituer une appréciation de leurs actes ni de ceux d'autrui.Ils se vouent entièrement h une Idche qui répond à leurs aptitudes et à leurs tendances, sans mettre jamais en doute sa légitimité et sa valeur, et sans se refroidir dans leur zèle Ils peuvent se consacrer h la culture des arts et des sciences, au service de la société ou à l'entretien de leur famille. Ou bien ils appartiennent à ces heureuses natures qui par leur seule existence répandent autour d'elles la lumière et la joie. Y a-t-il beaucoup d'hommes de cette espèce, il est difficile de le dire; rien n'empêche pourtant qu'il puisse y en avoir d'une manière générale. Ils accomplissent la loi sans avoir la loi, et qu'est-ce que la morale aurait à objecter là-contre ? La morale est faite pour la vie, non la vie pour la morale.

Les individus peuvent donc présenter d'extrêmes diversités sous le rapport de la conscience et ce serait dogmatiser de prétendre fixer un type déterminé comme le seul bon. Ces diversités ressortent naturellement là surtout où l'on s'éloigne de la moralité positive, car celle-ci a, sous toutes ses formes, une propension à regarder tous les individus comme homogènes. Les tentatives faites pour développer une morale philosophique témoignent des diversités qui existent en fait, car chaque philosophe décrit l'espèce de conscience qu'il connaît le mieux S <^t l'histoire de la morale philosophique, entre autres avantages, a celui d'attirer l'attention sur les différences typiques dans le domaine moral. Néanmoins la plupart des philosophes partagent cette idée que les prescriptions morales, le contenu

* Cf. Frank Chapman Sharp : The personal équation in Ethics (Transactions of thc Wisconsin Academy, 1894-1895). — Sharp applique l'idée d'équation personnelle à un autre point que moi (dans mon article The law of relativity in Ethics. Journal of Ethics, Vol. l.)

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