‹ Morale [microform]Chapitre 45 sur 284 · IV. — 2. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

IV. — 2. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE

de la loi morale, doivent être identiques pour tous, de sorte que la conscience ne serait qu'une faculté formelle de reconnaître la loi et d'y satisfaire. Il se pourrait pourtant que les diversités ne concernent pas seulement la forme, le mode ou le degré de réflexion de la conscience, mais qu'elles contribuent aussi à déterminer, tant sous le rapport de la qualité que de la quantité, le contenu de la loi morale.

Si par loi morale on entend un ensemble de prescriptions établies par une autorité extérieure ou par la raison absolue, sans tenir compte des individus auxquels elles doivent s'appliquer, il est clair que les difl'érences individuelles ne sauraient avoir aucune influence sur le contenu de la loi. C'est alors ce qui est objectivement juste qui est exigé, et au même de^ré, de tous les hommes. Mais si l'on admet le principe du bien, il faut maintenir aussi que la vraie loi morale ne saurait être trouvée tant qu'il n'est pas fait droit h Foriginalîté personnelle de l'individu. Ni sous le rapport de l'espèce, ni sous le rapport du degré de leurs capacités et de leurs mobiles, les individus ne sont égaux entre eux, et une loi qui voudrait exiger, en quantité et en qualité, la même chose de tous les honmies, exigerait d'eux en réalité des efforts extrêmement différents, imposerait à leurs épaules des charges extrêmement inégales. Si l'égalité doit régner devant la loi morale, celle-ci n'a donc pas le droit de réclamer la même chose de tous les hommes ; il faut par conséquent que la conscience de chacun ait pour lui, sous le rapport de la qualité et de la quantité, des exigences différentes de celles que la conscience des autres peut avoir pour eux. Tantôt il est réclamé plus, tantôt il est réclamé

moins.

Sous le rapport de la qualité, on l'accordera assez facilement. Chaque individu, par suite de ses aptitudes, a une vocation particulière, une direction spéciale dans laquelle il doit travailler. Là seulement où, sous une forme quelconque, subsiste le régime des castes, la même direction de l'activité est exigée d'individus tout à fait différents. Dans les formes de société plus libres, on reconnaît que la tâche de l'homme ne lui est pas assignée seulement par les lois générales et les circonstances extérieures, mais avant tout par sa nature propre et personnelle. C'est ce dont on s'était déjà aperçu dans l'antiquité grecque. Socrate proclamait la nécessité de connaître sa

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