IV. - 2. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
nature et ses capacités pour pouvoir trouver sa voie. Les Stoïciens donnèrent à cette idée une extension encore plus grande : selon eux, celui qui ne suit pas sa nature propre, ne pourra conserver la cohérence personnelle et l'unité de sa vie ; aussi faut-il faire comme les bons acteurs, qui ne se choisissent pas les plus grands rôles, mais les mieux appropriés à leur talent K La conscience a ici pour mission de sauvegarder l'originalité individuelle, mais en même temps d'empêcher qu'on s'aveugle sur soi-même.
On accordera plus difficilement que la loi morale varie aussi sous le rapport de la quantité suivant les divers individus, et cependant on ne voit guère coaiment on éviterait cette conséquence, si l'on maintient suffisamment la différence qui sépare une loi morale d'ime loi juridique. Au point de vue moral, il se peut qu'un homme, qui pourtant n'atteint pas le niveau moyen exigé du dehors, accomplisse un bien plus grand effort et dénote une maîtrise de soi et un sacrifice bien plus grands que beaucoup d'autres qui remplissent aisément les exigences « sociales », mais qui, par contre, n'ont fait aucun effort pour développer leurs facultés jusqu'au delà du niveau moyen, alors que cela leur était possible. Faudrait-il néanmoins placer le premier moraleuK^nt plus bas que ces derniers ? C'est l'absurdité dans laquelle tombe toute morale qui se place à un point de vue purement objectif. Le principe du bien, comme nous le verrons plus loin, entraîne comme une conséquence nécessaire qu'en aucun cas un être personnel ne soit traité seulement comme un moyen. C'est pourtant ce qui aurait lieu si la morale avait dit son dernier mot en formulant une loi universelle effaçant toutes les diversités personnelles. La véritable loi morale doit individualiser, c'est-à-dire exiger de chacun le travail qu'il est capable d'exécuter. Les vertus et les devoirs imposés à l'individu doivent être aussi des moyens et des voies pour le développement de son originalité personnelle. Aussi les lois morales ne sont-elles pas non plus si faciles à trouver qu'on le croit souvent. Le problème sera de faire voir comment l'individu, en suivant sa loi, remplit au mieux la loi universelle. Et ce problème est résolu si la loi universelle, valable pour tous les
* CicÉRON : Deofficiis I, 31. 114. — Cicéron suit ici le Stoïcien Panétius (2« siècle av. J. C.) — Voir Sghmekel : Die Philosophie der mittleren Stoa p. 41 ; 219.