IV. — 3. THÉORIK DE LA CONSCIENCE MORALE
hommes, n'indique que la direction de l'effort à faire, le type à conserver. Ce n'est que par un dogmatisme arbitraire, et en n(^gligeant les problèmes psychologiques et moraux les plus profonds, qu'on peut fixer, une fois pour toutes et pour tous les hommes; le « quantum satis de la volonté humaine ». Ici encore intervient une équation personnelle, qui impose des bornes à la valeur universelle du raisonnement moral. Si les hommes étaient plus homogènes, il serait plus facile d'être un philosophe moraliste. Mais il est impossible que ce soit de la bonne philosophie de prendre les choses comme plus simples
qu'elles ne sont K
3. — Connue tous les jugements moraux supposent pour base psychologique la conscience, celle-ci est la suprême autorité, le suprême législateur, et en regard d'elle tout autre autorité, de quelque espèce qu'elle soit, est secondaire et dérivée. Vouloir dépasser sa conscience c'est vouloir se dépasser soi-même. Si je me plie devant un autre homme, en le jugement duquel j'ai plus de confiance que dans le mien propre, cela n'a de sens que si ma conscience me l'ordonne. La conscience est infaillible, si l'on veut dire par là qu'elle est, à chaque moment particulier, le juge suprême ^.
Mais cette infaillibilité n'est pas de nature objective. Il peut arriver que même la plus haute autorité morale s'égare. C'est
* \o\r Etiske Cndersogelser p. îil-SB (ou bien The law ofrelalivity. Journal of Ethics, I p. 37-62) où j'ai longuement décrit et evposé la relativité individuelle ou l'équation personnelle en morale. — 11 est intéressant de remarquer qu'AniSTOTE avait déjà bien saisi ce point, non seulement dans sa théorie de l'harmonie mdividuelle {Eth. Nie, II, 5), mais encore dans sa théorie de l'équité considérée comme une justice particularisée {Eth. Nic.,\. 10). Parmi les philosophes modernes, il eût fallu nommer Hutcheson (Inquiry 2« éd.. 1726 p. 194 sqq). Cf. Mon compte rendu de la « Werttheorie » de Meinong dans Gt'iltinqer Gelehrte Anzeiqen. 1896. n» 4. p. 310-312. La différence des qualités naturelles, et par consé(iuent des aptitudes à travailler dans un sens déterminé, est pour Hutcheson un facteur qui peut exercer une induence capitale sur l'appréciation. Bien qu'il ne songe pas directement à la capacité d'avoir certains mobiles, sa théorie présente cependant un grand intérêt.
- Gi.vcoMo L.wiosA [La filosof'ia ciel diritlo in Inrjhillevra, I. Torino 1897. p. 629-631) trouve contradictoire que je tienne la conscience pour infaillible et que je déclare néanmoins qu'il faille la corriger grâce à un critérium objectif. Mon opinion est que l'application du critérium objectif ne saurait toujours être achevée avant d'agir et que nous sommes dès lors contraints d'agir d'après la meilleure conviction acquise par nous jusqu'au moment de l'action : cette meilleure conviction est, au moment de l'action, notre suprême juge.