‹ Morale [microform]Chapitre 48 sur 284 · IV. - 3. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

IV. - 3. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE

dogmatiser de prétendre avec Fichte que la conscience (représentée par lui comme un sentiment d'accord entre notre « vrai » moi et notre moi réel) ne nous trompe jamais. Pour professer une pareille opinion il faut vouloir, de gaîté de cœur, fermer les yeux devant un des plus tragiques conflits de la vie. La conviction la plus pure et la plus sérieuse peut reposer sur une complète erreur. Pas plus dans le domaine moral que dans les autres, nous ne possédons de signe immédiat et infaillible de la vérité^ Toute conviction plus sérieuse se présente toujours sous la forme de la conscience; mais la vérité absolue ne saurait être garantie par la simple forme. Ceux qui crucifièrent le Christ n'ont-ils pu agir d'après leur meilleure conviction? Kant a-t-il eu raison de dire qu'un inquisiteur ne pouvait pas avoir une bonne conscience? N'est-ce pas de bonne foi qu'Aristote a soutenu la légitimité de l'esclavage, que Calvin, avec l'assentiment de Mélanchton, livra Servet au bûcher, quJ Sand tua Kotzebue, le « traître ;i son pays » ?

On n'est pas moins dogmatique pour trancher le nœud du côté opposé. Ne considérer la morale que du côté objectif et uniquement comme la science des formes de société et des actions extérieures, c'est tout simplement déclarer le sentiment subjectif sans valeur en face des circonstances objectives et de leurs exigences. Des moralistes de points de vue aussi différents que Hegel et Bextham se rencontrent dans leur méfiance à l'égard de la conscience. Elle n'est même pas loin, selon Hegel, d'être le mauvais principe du monde, puisque la conviction subjective peut aboutir aussi bien à un(^ chose objectivement condamnable qu'à une chose objectivement juste \ Il est facile, comme le font ces moralistes, de mettre en garde contre la confiance en soimême et contre l'arbitraire, et d'exiger qu'on se plie devant une

v^n^Q ^v^ir'^^J'T ^•^ *^ ^^'^ '^^"' ^^^ ^"^^^-^s domaines, cf. Psychologie

* Cf. Hegel: Philosophie des Rechts %{Z^.m. Bentham : Principles of Momls and Législation ch. Il § 1 1-19. - James Mill blâmait toute mauvaise action avec une égale sévérité, quel qu'en fût d'ailleurs le mobile. La louange et le blâme étaient pour lui des motifs: c'est pourquoi ils ne devaient pas être inlluencés par le mobile de l'action (Stuart Mill Mes Mémoires) A ses yeux il n'y avait aucun mobile, sans en excepter les sentiments sociaux, qui agisse comme il faut en toute circonstance • c'est pourquoi a importerait sans cesse de calculer les effets de l'acte d'après le principe de l'utilité. (James Mill : Fragment on Mackintosh, Londres 1835 p. 1/6 sqq). '

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