‹ Morale [microform]Chapitre 49 sur 284 · IV. - 3. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

IV. - 3. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE

loi objective. Il faut néanmoins toujours que la loi à laquelle nous obéissons se fasse connaître de nous sous la forme de la conscience. La lumière qui nous éclaire tout le reste doit en définitive se trouver en nous-mêmes, et qui nous garantit, dans tel cas particulier, que nous ne nous laissons pas conduire par une fausse lumière?

Il y a ici la possibilité d'un conflit entre la morale subjective et l'objective, entre les deux principes sur lesquels se fonde la morale. Il ne saurait y avoir à ce conflit d'autre solution que celle déjà indiquée, savoir qu'il faut à chaque instant écouter sa conscience, puisqu'il ne saurait y avoir d'autorité plus élevée. Naturellement, celle-ci est supposée parler clairement et après une suffisante réflexion. Mais il faut ajouter que la conscience peut se contrôler et se corriger elle-même; la conscience récente, plus exercée et plus expérimentée, juge la conscience ancienne. En suivant sa meilleure conviction du moment, l'homme pourra précisément se frayer la voie vers une conviction plus juste, qui lui apprendra que ce qui lui paraissait le meilleur au moment de la résolution, était pourtant injuste et mauvais*. Tant que rhonime agit d'après sa meilleure conviction, son ïçv intérieur est sain, quoi qu'il en puisse être du caractère objectif de l'acte ; et cette santé interne était précisément le germe d'où pouvait se développer une manière de voir plus juste. C'est pourquoi, du point de vue moral, une action nuisible, exécutée avec la conviction qu'elle était bonne, doit être placée au-dessus d'une bonne action, accomplie avecjla conviction qu'elle était mauvaise. Dans le premier cas, la source était pure, dans le second elle était corrompue. Le sentiment intime et personnel avec lequel on affirme et pratique ce que l'on regarde comme vrai et comme bon est le point sur lequel un individu comprend le mieux un autre individu, sur lequel une génération peut le mieux sympathiser avec une autre. Dans le domaine des actes externes et des formes de vie, au contraire, les différences et les

* L'appel à la bonne conscience a lieu souvent de telle sorte qu'on s'enlève justement la possibilité d'une pareille correction. Cf. l'excellente remarque d'ALBRECHT Riïschl : « On peut observer que celui qui, en cas de conllit. invoque sa conscience comme le suprême tribunal moral pour lui, et qui ne s'engage pas dans une plus longue réfle.vioii sur les règles morales, manifeste souvent par là une susceptibilité qui n'indique pas une conscience tout à fait bonne » Ueber dos Gewissen. p. 17.

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