‹ Morale [microform]Chapitre 50 sur 284 · IV, - 4. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

IV, - 4. THÉORIE DE LA CONSCIENCE MORALE

oppositions sont souvent si grandes qu'il est impossible de se comprendre mutuellement.

Celui-là seulement qui a le courage de se tromper peut accomplir de grandes choses. Être, prêt à s'exposer ainsi à l'erreur c'est être prêt h souffrir pour la vérité. Au reste, ce ne sont pas les cœurs froids et étroits, mais les enthousiastes pour le vrai et le bien qui se trompent de cette façon. Qui ne risque rien n'a rien.

Mais le pouvoir de la conscience de se corriger elle-même ne se développe que s'il se peut trouver un principe ou critérium détermi7îéde l'appréciation. Ce critérium, la conscience ne saurait naturellement se le laisser imposer du dehors : il faut qu'il jaillisse de sa propre nature. J'ai déjà essayé de montrer (III, 10-15) que le principe du bien, lorsque la conscience est déterminée par une sympathie universelle et désintéressée, est le seul critérium dont il puisse être question. Il n'exprime rien d'autre que les conditions de la fin que doit se proposer une personne animée par la sympathie.

Cependant l'évolution normale se poursuivra difficilement sans amener sans cesse de nouveaux conflits entre la morale subjective et l'objective. De même que la tâche imposée à notre science théorique, c'est-à-dire l'explication de la réalité au moyen du principe de causalité, est une tâche infinie, une tâche infinie nous est également imposée dans le domaine moral, celle d'apprécier tous les actes et toutes les circonstances que présente la vie d'après les exigences du principe du bien.

4. — En étroite liaison avec le concept d'autorité se trouve celui de sanction. L'autorité ordonne ou défend, mais c'est la sanction qui met l'ordre ou la défense en vigueur. La sanction consiste dans le plaisir ou la douleur attachés à l'exécution ou à la violation du commandement, dans la récompense ou la punition qu'on s'attire par son acte, dans le ciel ou l'enfer d'où cet acte nous approche.

Ce n'est que si l'autorité est elle-même extérieure, que la sanction se trouve dans ce rapport extérieur avec l'acte. Sous cette forme, elle n'a d'ailleurs aucune valeur morale immédiate. Le caractère moral d'une action provient, au point de vue subjectif, de ce qu'elle sort du plus profond de l'esprit ; au point de vue objectif, de ce qu'elle s'accorde avec le principe du bien. Quelle signification morale pourrait-il bien y avoir ici à ce qu'un

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sentiment de plaisir ou de douleur, qui ne résulterait pas de l'acte même, vint s y ajouter? Parce que j'agis bien maintenant, est-ce une raison pour qu'à un instant suivant j'éprouve du plaisir? Parce que j'agis mal maintenant, est-ce une raison pour que plus tard j'éprouve de la douleur? Au point de vue moral, il n'y a là rien qui aille de soi. Toutes ces idées de récompense et de punition sont à leur place en pédagogie, non en morale. 11 peut être nécessaire pour l'éducation que la récompense et la punition augmentent la force que le sentiment de la valeur et de l'importance de l'acte ne possède pas toujours par lui-même à un degré suffisant, mais ce n'est pas une nécessité morale immédiate. Si l'on croit que l'idée d'une compensation est par elle-même une idée claire, cela tient à ce qu'on se laisse conduire par un instinct (de vengeance ou de reconnaissance) dont la justification morale et la nécessité ne sont pas du tout données d'emblée. Ce qui va de soi c'est bien souvent ce qui est aveugle. La spontanéité de l'impulsion fait qu'on ne cherche pas d^'e raisons, et du même coup, on s'imagine qu'il n'en est pas

non plus besoin.

La sanction externe, consistant dans la récompense et la punition, ne saurait, nous l'avons dit, avoir qu'une vertu éducatrice. Quant à la sanction morale, il faut qu elle soit i7iterne. Elle ne saurait consister que dans le sentiment, éprouvé par l'auteur de l'acte, d'être en union et en harmonie avec sa conviction propre la plus élevée, dans le sentiment de l'accord entre son idéal et sa volonté réelle. De là naît une paix intime qui peut être plus forte que toute contradiction et tout obstacle du dehors. L'individu peut avoir le sentiment qu'une force règne en lui, capable de transformer le monde, si elle régnait chez tous les hommes. Il sent un élargissement et une élévation de tout son être. Il pourrait concevoir avec tranquillité comme spectateurs de son action les hommes qu'il admire le plus, pourvu que tous les motifs leur en fussent connus. Le sentiment qui s'éveille alors n'est pas de l'orgueil, mais le sentiment secret d'être, dans sa petitesse, apparenté au grand.

Cette sanction interne n'est pas seulement un effet de l'acte, mais c'est un sentiment pouvant déjà exister avant son exécution. Elle n'est alors que la continuation et le complet développement du sentiment qui a conduit à la résolution et l'a rendue * possible « La béatitude, dit Spinoza, n'est pas la récompense de

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