IV. — 7. THEORIE DE LA CONSCIENCE MORALE
justement, si nous admettons que cette tendance s'est développée d'après des lois naturelles déterminées, il doit être évident pour nous qu'elle ne se trouve pas en conflit avec l'hypothèse évolutionnisie. Sans doute, elle ne s'est éveillée que tardivement dans ses formes plus libres et plus hautes, et n'a pas encore exercé toute son influence. Elle est dans son devenir, mais, précisément pour cette raison, elle a l'avenir devant elle.
BiiMi que la moderne hypothèse de l'évolution ait si fort insisté sur l'influence des circonstances extérieures, elle affirme pourtant aussi que cette influence est, dans chaque cas particulier, déterminée et délimitée d'une façon plus précise par les conditions internes que chaque être apporte avec soi dans la lutte pour la vie. Plus un être vivant est élevé, plus il est en état d'intervenir activement dans cette lutte. Et l'hypothèse de l'évolution mène elle-même directement à la morale, en nous montrant comment, aux degrés supérieurs, la lutte pour la vie devient une lutte en commun pour la conservation et le développement de la vie humaine.
Lorsqu'il est question de lutte pour l'existence, on est porté à ne penser qu'aux formes de vie les plus élémentaires et les plus brutales. 3Iais la vie a une foule de formes et de degrés, et c'est pourquoi la lutte pour l'existence prend également, dans le détail, un caractère très difl'érent. Celui qui travaille au service de la science et de l'art, ou qui lutte pour se conserver honnête et ne pas renier ce qu'il tient pour juste, celui-là lutte aussi bien pour la vie que celui qui se cramponne à l'existence nue et suit l'instinct physique de la conservation*. C'est l'afl'aire de la morale spéciale de montrer quelle est la valeur comparée des divers degrés et des diverses formes de vie.
7. — L'hypothèse de l'évolution ne mène pas seulement à la morale ; elle conduit même, chez certains de ses représentants les plus optimistes, au delà de lamorale. Suivant Spencer, le sentiment moral n'a sa place que dans une période intermédiaire de l'évolution de l'humanité, période que naturellement nous sommes encore loin d'avoir parcourue. Tout exercice fait que les actes s'exécutent avec une résistance et une difficulté décroissantes et avec une attention et une tension de la volonté
* Die Grundlage der humanen Ethik, p. 18-20. — Etiske Undersôgelser p. 17-23.