‹ Morale [microform]Chapitre 61 sur 284 · V. — 3. a. LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

V. — 3. a. LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ

de nous abandonner à une solution aussi désespérée. Il n'est pas si facile à tous les hommes de mettre de coté le postulat de la causalité pour établir d'autres postulats à sa place, à peu près comme on quitte son costume d'intérieur pour revêtir le frac.

Aussi m'efforcerai-je de démontrer que l'indéterminisme est intenable ^ et de faire voir que le déterminisme est au contraire lui-même un postulat indispensable de la morale.

a. L'indéterminisme brise le lien entre l'individu et l'espèce, voire entre l'individu et tout le reste de l'existence. L'individu n'est plus un terme particulier dans le vaste ensemble de l'existence, mais il en est arraché justement aux points les plus décisifs. [Il devient par suite impossible à rindéterniinis.nie de concevoir l'existence comme une totalité. Toute conception philosophique ou religieuse approfondie devient impossible. La seule conception religieuse conciliable avec l'indéterminisme, c'est le polythéisme, car tout être pouvant former le commencement absolu d'une série causale est un petit dieu, un être absolu, et nous avons par conséquent autant de dieux que nous avons d'hommes « libres ». Mais peut-être n'attache-t-on pas autrement d'importance à une conception totale de ce genre. Cette considération a cependant sa valeur, surtout lorsqu'on reproche au déterminisme d'être une doctrine athée ou anti-religieuse. Si l'on conçoit la divinité comme un être absolu et tout-puissant, la supposition d'une volonté causalement libre dans des êtres finis se contredit directement elle-même. Et si l'on proteste là. contre, en soutenant que nous sommes ici en face d'un « mystère »,

* Dans la littérature danoise, rindétemiinisme est défondu par Heegaard [Om Intolérance [De l'intolérance] 1878), Wilkens {Sociologie, 1882) Kroman {Vor Naturerkeîidelse [Notre connaissance de la nature] 1883). H. Scharli.ng {Kristelig Sàdeldre ^}>ioV(l\e chrétienne], 1884). — Lorsqu'on pense (avec ce dernier auteur) qu'il existe une « conciliation supérieure » du déterminisme et de rindétorminismc, je ne suis pas à même de discuter cette question, tout simplement parce que je n'y puis trouver aucun sens. De deux clioses l'une : ou bien la loi causale s'applique à la volonté, ou bien elle ne s'y applique pas. Quel moyen terme peut-il y avoir ? — Sur la position prise par le professeur Kroman relativement à oe problème, dans la 2« édition de son ouvrage Tdnke og Sjàlelàre (Théorie de la pensée et de l'àme). je renvoie à mes Etudes psychologiques (v. Vierteljahrsschrift fiir wiss. Philos.. XIV). Ane considérer que la littérature danoise sur cette question, on éprouvera une impression ditîércntc de celle exprimée il y a quelques années par A. Meinong. en disant que dans le procès du fléterminisme contre l'indéterminisme l'instruction était close (âlexander Meixong : Psychologich-etische Untersuchungen zur Werttheorie. Graz, 189i. p. 209).

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