V. — 3, e. LA LIBERTK DE LA VOLONTÉ
Quoique lo jugement juridique ait affaire essentiellement à l'acte extérieur et pas à l'intention, il est pourtant nécessaire que le juge pénètre les motifs et l'origine de Tacte, non seulement pour pouvoir déterminer le degré de la punition, mais aussi pour être pleinement convaincu que l'acte a été réellement exécuté. Plus le juge est en mesure de comprendre comment l'acte résultait nécessairement des circonstances externes et internes données, plus il est certain que l'individu a réellement commis
l'acte*.
e. Lorsque plusieurs auteurs récents (Ileegaard, Kroman), pensent pouvoir réduire le postulat de la liberté causale au minimum, « à très peu de chose, à une bagatelle », il n'est pas facile de compr<»ndre quelle importance il peut y avoir à ce •qu'une aussi petite partie de la volition soit libre, puisque le jugement moral porto ^nv la volition dans sa totalité. On voit ainsi que rindéterminisme, qui commence par dissoudre l'ensemble formé par la personnalité, finit même par ne plus considérer la volition isolée comme un tout. Une certaine fraction des éléments de celle-ci est causalement déterminée, une certaine autre est libre. On ne nous dit pas si l'élément libre a la même quantité dans toutes les volitions du même individu et dans celles des individus différents ; ni comment celui qui se juge lui-même, et à fortiori celui qui doit juger les autres, peut découvrir l'étendue de cet élément et s'il existe dans tel cas donné. 3Iais, même en laissant de côté ce point, la supposition n'en reste pas moins tout à fait étrange.
Si, comme on l'a dit-, c'est le talon d'Achille du déterminisme que chaque individu, après une action basse, aurait le droit de dire « c'était fatal, ce n'est donc pas ma faute », il n'est pas facile de voir comment cet indéterminisme, qui ne considère comme libre qu'une partie insignifiante de l'acte, pourrait éviter la même difficulté, si toutefois elle existe. L'individu dirait alors avec raison : « Je ne suis coupable que d'un millième de l'acte, puisque cela seulement en est libre. Pourquoi donc me rendre responsable de l'acte entier? Je n'ai point
♦ Cf. ma Psychologie. VII, B, 4. — Axselm vox Felerb.vch. [AJdenmâssige narslellunq merlcwimlifier Verbrcchen Gicsscn 1829, II. p. 502 sqq) est d'avis qu lin juge ne doit jamais prononcer de sentence capitale, lorsqu il n'a pas compris comment l'acte a pris naissance.
- Krom.\n : Vor Nature rkendelse (Notre connaissance de la nature).