V. - 3, f. LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ
commis de meurtre, mais seulement un millième de meurtre. » .
Cet indéterminisme modéré est empêché justement par sa modération d'arriver à son but, et il essaie de suspendre un poids d'un quintal à une toile d'araignée. Si vraiment la responsabilité commence et finit avec la liberté causale, il faut admettre que l'auteur de l'acte eût pu tout aussi bien laisser de côté la volition /ow^e^i^/ère, V ad c tout entier.
On trouve ordinairement ce genre de modération dans l'histoire des théories quand leur vitalité et leur confiance en soi se sont évanouies et quand, sans le savoir, on loge déjà l'ennemi avec soi. Les vieilles opinions se maintiennent alors encore quelque temps, comme des organes rudimentaires; mais c'est une illusion de penser que ces organes exercent réellement une fonction.
f. Les mots de responsabilité, faute, imputabilité , sont, comme tant d'autres expressions morales, dérivées du domaine juridique, ou mieux proviennent d'une époque où la différence de ces deux domaines n'était pas encore bien nettement établie. Etre rendu responsable d'un acte, cela veut dire être récompensé ou puni à cause de lui. Pourquoi récompenser ou punir l'acte? C'est une autre question. Comme nous l'avons déjà montré (IV, 4), il ne va nullement de soi qu'un acte doive être récompensé ou puni. Mais même si, acceptant la théorie de la compensation, nous admettons cela comme évident, il n'est nullement nécessaire que la volonté rendue responsable soit la cause absolument première, pose le commencement absolu d'une série causale. La compensation exige seulement qu'il y ait un homme auquel on puisse s'en prendre, et cet homme existe quand on a constaté que l'acte provient d'une volonté humaine. L'instinct primitif de représailles ne va même pas si loin : il est satisfait pourvu que l'acte soit expié par un homme de la même famille ou de la même race que l'auteur, et il réclame satisfaction, que l'acte ait été ou non réellement voulu. L'idée de faute individuelle et de responsabilité individuelle ne s'est dégagée que lentement. Mais exiger que la volonté individuelle n'ait pas de cause, cela résulte d'une spéculation métaphysique à laquelle ne se livre ni l'instinct primitif ni le sentiment moral de la faute.
Pourquoi ce sentiment ne remonte-t-il pas plus haut que la volonté ? Pourquoi la morale s'arrête-t-elle là, et abandonne-
IIoFKDiNG. — Morale. I.