‹ Morale [microform]Chapitre 65 sur 284 · V. - 3, f. LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

V. - 3, f. LA LIBERTÉ DE LA VOLONTÉ

t-elle tout ce qui précède à la psychologie ? Nous essaierons ici de répondre à cette question du point de vue purement moral. La question de la responsabilité juridique pourra seulement être traitée lorsque, dans la théorie de l'État, nous arriverons aux raisons qui fondent le pouvoir correctionnel de celui-ci.

Au point de vue moral, le sentiment de culpabilité, de responsabilité ou d'imputabilité signifie que je sens mon acte soumis au jugement de ma conscience. La sanction interne (IV, 4) entre en vigueur. Cela suppose que j'ai conscience d'avoir réellement voulu l'acte. Je me l'attribue parce qu'il n'est pas quelque chose d'étranger à moi, parce que, sans ma résolution, il n'existerait en aucune façon dans le monde. Je suis coupable, parce que j'ai voulu. Si maintenant je remarque la scission entre la volition que je reconnais comme mienne et ce que je reconnais comme le bien, alors naît le sentiment du remords, sentiment de désaccord interne, d'indignité et de mépris de soi-même, qui peut aller jusqu'à la douleur morale la plus intense. Il naît comme sentiment de contraste provoqué par l'opposition existant entre ma volonté réelle et l'idéal que j'adopte. La naissance de ce sentiment, dans les circonstances indiquées, est une nécessité psychologique.

Même du point de vue déterministe, on peut très bien définir le repentir : « un mécontentement de soi-même pour n'avoir pas agi autrement ))^ Ce mécontentement n'est qu'une autre forme du vif désir d'avoir agi différemment qu'on éprouve au moment du repentir et qui présente, nous le verrons dans un instant, une grande importance pratique. Un pareil désir naît tout naturellement lorsqu'au moment de la réflexion, on soumet sa volonté et son action à une sévère critique et trouve qu'elles ne la supportent pas. De ce désir et du mécontentement qui en résulte il ne saurait pourtant s'ensuivre qu'aw moment de Vaction on aurait pu aussi bien agir tout autrement qu'on ne Ta fait. Cette illusion se produit peut-être chez bien des hommes : mais ils ne font alors qu'antidater l'expérience chèrement acquise par la faute et le remords-.

* Kroman : Vor Natttrerkendelse (Notre connaissance de la nature).

' Psychologie, VII, B, 5 6 (fin). — J'ai donné une description plus complète des différentes manières dont peut naître l'idée d'une volonté causalement libre dans mes Etudes psychologiques (Cf. Vierteljahrsschrift fur wiss. Philos., XIV).

Cependant l'explication psychologique du remords n'entraîne pas du même coup sa valeur et sa justification morales. Le remords est un sentiment de douleur, et la douleur n'est un bien par elle-même qu'au point de vue purement ascétique. Pourquoi ne pas chercher à oublier mon action condamnable aussi vite que possible, comme je cherche tout naturellement à écarter les souvenirs désagréables ? Lorsque Hamlet a réveillé la conscience de sa mère, celle-ci s'écrie : « 0 Hamlet ! lu m'as fendu le cœur ! ), et il répond : ce Ah ! rejetez-en la partie mauvaise et vivez plus purement avec l'autre partie. «^ Pourquoi la morale ne pense-t-elle pas qu'on puisse aller aussi vite que le croit Hamlet, et que la douleur du remords a une grande importance ?.

Ce n'est pas qu'elle admette le principe « œil pour œil dent pour dent ». La doctrine du talion n'est pas une doctrine morale. La morale ne saurait, comme Mélaxchtox voir dans le remords une colère terrible et inexprimable de Dieu, ni, comme les catholiques, une pénitence ou expiation. L'étude du pouvoir correctionnel de l'État nous fournira une meilleure occasion pour entreprendre une critique plus approfondie de la théorie de la compensation. Je me bornerai ici h un seul point qui présente un intérêt particulier pour ce chapitre. D'après la théorie de la compensation, il faudrait que le remords (quand il est l'unique châtiment) atteigne sa plus grande force chez celui qui a commis le plus grand crime. Mais en fait ce n'est pas le cas. L'explication psychologique en est que le remords repose sur un rapport de contraste entre l'idéal et la volonté réelle, contraste qui ne peut naturellement exister que si la notion de l'idéal est vive. Plus cette notion est vive et développée, plus aussi les actes seront considérés à sa lumière et plus ils seront strictementjugés. Aussi est-ce souvent dans les caractères les plus purs et les meilleurs que le sentiment du remords est le plus intense. Sur un fond de neige on voit des taches qu'autrement on n'aurait pas remarquées.

Du point de vue psychologique, le remords—de même que d'un autre côté le devoir (IH, 9) — apparaît comme l'expression de l'effort de la personnalité pour conserver son unité et sa cohésion. Le remords suppose que la conscience du bien

* Hamlet, III, 4, v, 456-158.

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s-e.t éveillée, ce qu'elle n'était peut-être pas au mon.enl de rac ion ou ncore qu'elle a gagné sous le rapport de l'espèce de r tendue, ou des doux à la fois, par Tacquis.fon d'un point d vue n.or I plus élevé. On éprouve de la pit é pour a v,c- Ume de l'acte et l'on sent la valeur des nUé.èls lésés Le remords est alors déjà un signe que le bien est près de 1 emporter dans l'hon.me. Quant h la douleur, elle a pour cause e co;ni a gu qui s'élève entre la conscience de la volent el de ad on rielles et celle de l'idéal. C'est pourquoi Dante d>t que BÎ;trice c'est-a-dire la pensée idéale, est la cause de la douleur quf u font éprouver les orties du remords. (Le Purgatoire. ÎXKI). Malgré cette opposition interne et douloureuse qn. lu. montie sonlln.e sous un tout autre jour qu'auparavant^ homnu^ s'efforce de consei-ver la liaison avec son passe. Il ne peut n. •énoncer au moi nouveau, ni méconnaître l'ancuM, : tous deux ferment son n.oi propre. Malgré le moi nouveau, .1 se reonnait lui-même franchen.ent et sans réserves comme le rt de l'action passée. Cet elïorl constant pour s Klent.f.er avec soi-même el pour faire coïncider l'ancien et le nouveau Zi en essavant de les concevoir comme un seul fa.t que le Tnlraste est d'autant plus fortement senti. C'est seulen.ent sous a forme de la douleur que la personnalité peut ma.nten.r .« on unité. Les essais d'identilicalion peuvent amener une épuraûon, une fusion, où le nouveau n.oi trion.phe, ma.s ou . sVnrichit en même temps de l'expérience que 1 hon.me a fa te de sa li. i ation. La conscience do l'idéal devient d'autant plus intime que les oppositions de la vie ont été ép.-ouvées h «ne profond «r qu'elJn'atleignent pas q..and l'évolut.on a .eu en i.„e pl..s directe et moins inler.-ompuo'. Ce qu. a s..b. I éprouve de ce feu purifiant possède une solidité qu'.l n'es pas fac le d'acquéri. autrement. L'éne.-gio, d'abord au serv.co de 1 aveuglen.enl peut maintenant, grâce à une métamorphose, arriver a

at'ir en un tout autre sens. ,,,,., ^ *

^lu\. la conscience expresse de la nature de Felat passé est un si^n^ qu'on en est sorti. Si la volonté de supporter 1 opposition de iLcien au nouveau s'affaiblit, la métamorphose et le solide établissement du nouveau caractère ne s opèrent point.

* Cette évolution s'explique par les lois de rassocianon et ^ naison des sentiments, exposées dans ma Psycholorjœ YI. B, - d et e, et elle aurait pu y être citée comme exemple.

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