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LE MAL MORAL

1. Le mal considéré comme un isolement dû à l'inertie ou à l'orgueil. — 2. Le mal effet de l'ignorance et de l'aveuglement. — 3. L'endurcissement.

i. — Ce qu'est le mal moral, nous le voyons déjà par les développements qui précèdent (III, 6,10,20). Il consiste dans un isolement plus ou moins conscient du moment particulier en dehors de la vie totale de l'individu, de l'individu particulier en dehors de la vie totale de l'espèce, d'où résulte non seulement un obstacle h ce que demande le bien de l'individu ou de Tespèce, mais encore un affaiblissement de l'énergie et une dissolution de l'ensemble formé par chacun d'eux. Nous étudierons ici d'un peu plus près les causes psychologiques de cet isolement.

Deux causes expliquent le tragique désaccord désigné par ridée du mal. C'est d'abord le caractère sporadique de révolution. Il consiste en ce que les aptitudes particulières de la personnalité individuelle, ou les individus particuliers dans l'espèce ne se développent pas en même temps, ni avec la même force et la même rapidité, mais de telle sorte que tantôt un élément, tantôt un autre se manifeste avec le maximum d'énergie. Il s'ensuit qu'ils peuvent ne pas se ranger harmonieusement dans la totalité supérieure, et même lui opposer une résistance ouverte. Ce désaccord peut se produire de deux façons. Il peut arriver que l'élément particulier (l'aptitude particulière dans l'individu, l'individu particulier dans l'espèce) continue avec énergie une tendance qui s'est précédemment développée. Par suite d'une sorte de résistance passive, il subsiste et continue d'agir comme auparavant, bien que la totalité exige désormais de lui d'autres sei-vices. Ou bien il peut arriver que l'élément particulier varie spontanément, prenne de nouvelles directions, justement parce que la vi(* s'agite en lui avec tant de force

qu'elle a besoin de s'épancher plus abondamment, sans que pourtant, d'autre part, il y ait moyen de trouver un ensemble où le nouveau résultat puisse entrer et acquérir de la valeur. Le qui paraissait d'abord rendre possible un degré tout nouveau de vie devient maintenant une cause d'interruption, de dislocation et de défiguration. On ne peut se passer ni de la tendance conservatrice ni de la tendance radicale; mais toutes deux impliquent la possibilité d'une interruption dans l'ensemble de la vie et d'une atteinte à la volonté fondamentale que l'appréciation suppose. Ce sont des forces qui, spontanément portées au bien, produisent pourtant souvent le mal. Elles peuvent amener l'isolement, la partie prenant la place du tout, parce qu'elle ne veut pas modifier son état — que ce dernier soit d'ailleurs une continuation ou une perpétuelle variation.

L'autre cause, c'est que le spontané précède le réfléchi, l'inconscient ou l'obscurément conscient précède la conscience claire. Il faut que l'idée directrice soit d'abord conquise et elle ne l'est souvent qu'au prix d'erreurs. Souvent on ne devient sage qu'à ses dépens. Zeus, dit Eschyle, a établi cette loi que la science ne peut s'acquérir que par la douleur (TriOet {lâOo;). L'individu s'engage dans la vie sans>avoir dans quel milieu il tombe. La première pensée elle-même naît spontanément : il faut naturellement que le passage du spontané au réfléchi soit lui-même spontané. Les premières fins que l'homme se propose ne sont pas le résultat d'un choix : « la première pensée de la volonté, comme le dit Dante {Le Purgatoire, XVIII), est excitée d'une manière inconnue et ne mérite ni louange ni blâme. )) Et pourtant cette « première pensée » peut être décisive pour la direction de toute la vie. Elle est le point de départ de la vie intellectuelle, le premier centre d'association qui détermine le cours et l'espèce des pensées ultérieures. Mais il se peut que la direction ainsi donnée s'accorde avec les intérêts les plus élevés de la vie.

Isolement et aveuglement, tels sont les deux traits caractéristiques du mal lorsqu'on examine comment il est possible. Le mal c'est Vinertie qui ne veut pas changer son état, la lourdeur qui ne veut pas se soulever, l'étroitesse qui ne veut pas s'élargir. C'est tout à fait le contraire du mobile d'appréciation supposé dans ce qui précède, car la sympathie est un besoin de partager, de s'unir à d'autres hommes, de s'ouvrir au monde.

Yi. — 1. LE MAL MORAL

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