VII. — 4. THÉORIE DU BIEN
lorsque certaines forces s'exercent aux dépens d'autres, une disproportion se manifestera entre l'interne et l'externe : les forces internes exclusivement développées ne correspondent pas aux multiples exigences des conditions vitales externes. Sous ces trois rapports, le développement de la culture peut se laisser égarer. Il a une tendance à s'engager dans toute direction nouvelle qui s'offre, en se laissant conduire par la satisfaction momentanée qui en résulte. Il y a dans l'activité de culture quelque chose d'aveugle et d'inconsidéré, qui est en liaison avec ses avantages et ses inconvénients. Elle ne néglige volontiers aucune voie ; elle étend ses tentacules dans toutes les directions : il en résulte de précieuses expériences, mais elle peut aussi causer par là du trouble et de la souffrance aux individus et à l'espèce.
La culture n'est pas l'objet d'un choix. Elle est le prolongement de l'évolution naturelle et ne peut pas plus s'arrêter que celle-ci. Le besoin d'une évolution sans trêve, le besoin de tenter des voies nouvelles, de créer des spécialités et de produire des formes variées est pour la nature le grand moyen de permettre la persistance des êtres vivants, quand ils augmentent par trop dans un espace relativement restreint. La différenciation et l'activité sans relâche naissent de la densité de la population ^ De ce que l'évolution de la culture, telle qu'elle a lieu en fait, est une nécessité naturelle, il ne suit pourtant pas qu'elle soit admirable. La morale ne ressent pas d'admiration pour un ordre du monde où aucune évolution ne semble possible sans une tension excessive des forces, sans étroitesse et dispersion dans l'emploi des facultés. Elle n'est pas tellement impitoyable que les brillantes apparences des résultats extérieurs lui fassent oublier l'angoisse et la douleur, la sueur et le sang qu'ils ont coûté. Aussi demande-t-elle que les lourdes charges soient allégées, que les forces dispersées soient rassemblées et que toutes les facultés précieuses soient développées. Les exigences qu'elle a ainsi à l'égard de l'évolution de la culture sont de même famille que celles qu'elle a relativement à la volonté et h l'action humaines en général (III, 20). En pénétrant les conditions de l'évolution de la culture, elle cherche h trouver des moyens de changer,
* Cf. Gh. Darwin. De la variation des anhnauxet des plantes sous l'action de la domestication, trad. de l'anglais par J-J. Moulinié. I, p. 5-7. E. Durk- HEiii. De la division du travail social. Paris, 1893, p. 282-291.