VU. 4. THÉORIE DU BIKN
d'adoucir et d'humaniser, de manière à ce que la culture et le bien puissent être mis en relation la plus étroite possible. Elle n'est pas sentimentale et bornée au point d'oublier que le progrès ne peut avoir lieu que par l'effort et la souffrance. Seule, Fa participation au travail de la culture lui paraît constituer une tache réelle et un réel objet pour la vie volitive. Et elle voit bien notamment que les particularités personnelles ne peuvent arriver à s'épanouir et à s'employer que grâce à l'évolution de la culture et à la dift'érenciation qu'elle amène. Sans doute, chaque individu devient plus dépendant des autres hommes ; mais cette dépendance réciproque va de pair avec un achèvement réciproque et avec un attachement qui devient plus intime que cela n'est possible, tant que la division du travail ne s'est pas produite. La diversité aussi bien que la cohésion peuvent désormais devenir plus grandes et plus stables. Voilà ce que la culture peut faire — mais elle a des effets accessoires qui l'empêchent souvent de déployer tous ses effets heureux.
La grande tache morale vis-h-vis de la culture est de rappeler que la vie ne doit pas être prise comme simple moyen de résoudre des problèmes impersonnels. La culture est un moyen pour les personnes, non inversement. Il ne faut pas que la vie personnelle soit gaspillée en une lutte stérile contre d'insurmontables obstacles ni qu'elle soit dispersée par une trop grande diversité ou rétrécie par un exclusivisme exagéré. La culture renferme \ti possibilité ipour les hommes de se proposer des lins plus élevées, puis de grandir en même temps que leurs fms s'élèvent, et la morale veut que cette possibilité ne reste pas vaine. L'enthousiasme pour l'état de nature est immoral s'il conduit à l'abandon du travail. Une matière pauvre est facile h ordonner : lorsqu'il n'y a ni diversités ni oppositions, il est très facile d'écarter la division de l'esprit. Souvent sans doute, limiter les besoins peut être le seul moyen possible de triompher des obstacles qu'ils rencontrent. Mais souvent aussi il peut se faire que le sentiment même qu'on a de la privation et du manque éveille de nouvelles forces et rende possible par là une satisfaction qui autrement ne l'eût jamais été. C'est pourquoi de ces deux opinions : pour atteindre le bien, il faut restreindre les besoins, ou au contraire les augmenter, aucune n'est vraie sans
réserve.
Ces idées trouvent leur application lorsqu'on se demande si