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VII. — 4. THÉORIE DU BIEN

l'on a le droit de détruire l'harmonie et le bonheur actuels pour conduire les hommes par des routes nouvelles dans le domaine de la culture morale ou matérielle. De quel droit, par exemple arrache-t-on les peuples sauvages à leur ce état de nature »' dépouille-t-on l'enfant de ses illusions ou excite-t-on en lui dé nouveaux besoins, éveille-t-on le doute où régnait auparavant une foi aveugle mais sans mélange? La solution ne peut se trouver, dans tous ces cas, que grâce au principe du bien. Est-on assuré que par le nouveau chemin on atteindra une harmonie une satisfaction nouvelles, ayant un fondement plus solide et un contenu plus riche que les anciennes, alors on a raison d'intervenir. C'est même un devoir, lorsqu'on se trouve en face d'un état de somnambulisme qui peut mal finir pour le somnambule lui-même et pour les autres hommes. L'idylle d'un seul peut causer des dommages et des douleurs aux autres, ou tout au moins diminuer leur bonheur. Il peut y avoir des forces inemployées dont l'espèce ait besoin, quoique l'individu n'ait éprouvé jusqu ICI aucun besoin de les employer. Même si pour les éveiller une secousse douloureuse est nécessaire, ce peut être un devoir de la donner. Dans les cas particuliers, il peut être extrêmement difficile de décider s'il convient ou non de donner cette secousse pénible. Le calcul moral ne saurait conduire jamais à une complète certitude : il faut courir des risques et faire un saut dans l'inconnu. Le principe du bien ne peut ici que servir de fil conducteur. Ce qui lui est contraire, ce n'est pas de courir des risques, mais c'est de faire un saut dans l'inconnu sans avoir la conviction qu'au delà on trouvera la lumière. On peut éclairer ce cas par un rapprochement qui est plus qu'une simple analogie. Il n'est nullement en contradiction avec la méthode de la science empirique de créer des hypothèses, pourvu qu'on s'efforce sans relâche d'en trouver la confirmation dans l'expérience. Toute hypothèse est une entreprise hasardeuse ; mais l'histoire des sciences nous montre que, sans courir ainsi de risques notre connaissance n'eût fait aucun progrès. De même, c'est une conséquence du principe du bien qu'il faut courir des risques qu on ne peut pas toujours attendre d'avoir la complète garantie des heureux effets de l'acte à entreprendre. Il faut que le principe du bien fas.se expressément considérer comme une chose périlleuse d'attribuer une importance par trop grande à la réflexion et à l'examen des raisons pour ou contre : car elles

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excluent une action énergique et décidée, chose pourtant d'une si .rande valeur dans la réalité! Paul Heksel' d>l dan. .a clique de l-utilitarisme : « L'utilitariste prudent, en p.-esence d'une tentative pour indiquer à la société des vo.es tout h fait nouvelles et inexplorées, devra dans tous les cas garder une attitude de défiance ; car toute tentative de ce genre trouble sans aucun doute beaucoup de bonheur, et il est p.^blémafquequ elle puisse en produire un nouveau. » Pourtant le principe du bien nous engage à ne pas pousser trop loin la circonspection Un proverbe danois appelle la prudence une vertu de bourgmestre ; mais il ne serait pas conforme au principe du bien que nous fussions tous des bourgmestres, et même les bourgmestres peuvent quelquefois pousser la prudence trop loin. Les partisans de l-utilitarisme ont souvent, surtout autrefois - comme d ailleurs les empiristes - trop méconnu l'importance de 1 audace, de l'hypothèse. Mais c'était de leur part une évidente inconseauence, et on ne saurait fonder là-dessus aucune objection sérieuse contre le principe du bien . Lorsque Hensel ajoute ensuite : « Quand de grandes idées entrent en lutte 1 une contre l'autre, aux tournants de l'histoire, alors qu au milieu de mille espèces de tortures une nouvelle époque arrive au monde, l'utilitarisme doit rester muet » - il oublie que les ..randes idées dans l'histoire visent précisément toujours un de-ré de vie plus élevé, un royaume des personnes d'espèce plus parfaite que ne pouvaient le réaliser les sociétés existantes, et que si l'on a risqué la lutte, c'est seulement par suite de la conflanco qu'on avait en la valeur plus grande des biens que ce royaume devait apporter. Mais il oublie en même temps que l'hi-toire n'a en réalité atteint ses résultats ni par les voies les plus courtes ni par les plus pures, et qu'on n'a nullement besoin d'approuver ces voies pour soutenir la valeur des résultats obtenus avec beaucoup de retards en les suivant. La fin ne iustitic pas les moyens.

Si nous réglions toujours notre conduite d'après les penchant» et les besoins des hommes à un moment donné, nous abaisserions ainsi le niveau de la vie et de la culture humaines. Le principe du bien exige que nous ne craignions pas de combattre

• Elhisches Wlssen uml elliiscUes Handeln. lîin Beitrag zur Mctl.odenlelire der Ktliik. Fiibourg en Br.. 1889, p. 31.

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