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les préjugés et l'inertie. Le mieux qu'on puisse faire pour les autres, c'est souvent de leur faire tout simplement sentir qu'ils ne sont pas encore assez élevés dans leurs désirs et leurs besoins et qu'ils ne sont pas assez exigeants. C'est ainsi que le grand artiste — pour prendre un exemple —poursuit souvent sa roule solitaire, inconnu des masses ou même méconnu par elles. Et pourtant, en gardant si strictes les exigences de l'art, il suit, sans peut-être y penser, le principe du bien. Il augmente le capital intellectuel de l'espèce et donne à celle-ci une force qui pourra plus tard agir dans de vastes sphères. C'est seulement par une interprétation et une application bornées du principe du bien qu'on s'arrête aux besoins du moment, au lieu de tenir compte des conditions vitales permanentes et des sources permanentes de vie et d'activité nouvelles. Goethe dit (dans un entretien avec Eckermann) : « En suivant ma vocation d'écrivain, je ne me suis jamais demandé : que veut la masse et comment suis-je utile à la totalité? mais je ne me suis jamais efforcé que de me rendre moi-même plus perspicace et meilleur, d'augmenter le contenu de ma propre personnalité, puis de n'exprimer jamais que ce que j'avais reconnu comme bon et comme vrai. » S'il avait voulu se régler sur le goût et les aptitudes du public, peut-être eût-il alors produit un plus grand effet sur le moment, mais ses œuvres auraient eu aussi une vie plus courte, et il ne serait pas devenu le grand maître de nombreuses générations. — On ne peut rien dire d'absolument général touchant la grandeur de l'horizon qu'il faut adopter, dans un cas particulier, pour discuter la valeur d'un acte ou d'un effort. A la forte conviction de posséder les conditions requises pour accomplir quelque chose se joint d'ordinaire un appel plus ou moins conscient et confiant au jugement de la postérité. C'est toujours une entreprise hasardeuse de vouloir introduire quelque chose de nouveau dans l'incommensurable tout que forme l'univers. Et même lorsqu'ensuite l'expérience, à qui il appartient de décider dans l'histoire de la valeur de la tentative, est favorable, il est vrai de dire que celte justification ne peut jamais être complètement achevée, tant que l'évolution historique dure. On pourra toujours parler d'une transmutation de valeur. Nietzsche allait même jusqu'à demander la transmutation de toutes les valeurs. C'est vraiment se faire la part belle; mais on ne saurait fixer d'avance une limite à cette transmuta-
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lion, qui s'accomplit et doit s'accomplir sans cesse. C'est pourquoi l sera toujours impossible de constituer un system de morale absolument achevé. Toute science soumise a la ntccss. é d'une confirmation empirique doit constamment Porle ^ marque de l'imperfection. Ce n'est donc pas une objection dtc sive contre la conception de la morale adoptée '"'^'«'dire qu c^ le conduit seulement à une « certitude empirique' ». De même que les mobiles humains d'appréciation se trouvent dans une évolution incessante, de même aussi une application plu. étendue des principes de l'appréciation sera toujours possible. Nous sommes toujours en route, et pas nous seulement : le monde l'existence tout entière, ne sont sans doute pas achevés eux non plu. mais ils poursuivent une évolution ininterrompue. L effort moral est même justement un signe que le monde n est pas achevé II y a une partie du travail universel ne pouvant être exécutée que parles hommes ; en d'autres termes, .1 y a précisément une partie de l'évolution universelle qui s accomplit par
l'action humaine.
\ussi les voies dans lesquelles cette action s engage ne sontelles pas indifférentes. Ces voies seront d'autant plus parfaites nue les moyens employés seront davantage empreints de 1 esprit du but, ou. suivant l'expression récemment employée par Bruno WiLLE, qu'ils seront de purs moyens. La fameuse maxime : la fin justilie les moyens, part d'une relation extérieure entre es moyens et la fin, qui indique toujours une imperfection. Plu. le moven est dans l'esprit de la fin, c'est-à-dire déjà «juste » par lui-même, plus aussi la fin se trouve atteinte déjh, bien que nous nous trouvions encore en roule : nous avons atteint un étal d'àme qui nous pousse à agir dans l'esprit du but et qui par conséquent est une anticipation de ce but. Au reste la maxime : « lafin justifie les moyens .. peut avoir sa légitimité. 11 peut y avoir
des cas où nous fassions en faveur d'un but, ou soyons obliges de faire des choses que nous n'aurions pas faites sans cela -non qu'elles soient mauvaises, mais parce qu'elles sont indillerentes Ce qui dans d'autres circonstances n'a pour nous aucune valeur en a maintenant comme moyen. La morale jésuitique moderne limite l'application de la maxime aux cas de ce genre-.
. AXEL HX0E»ST»ÔM. VndersOkning af.lenempU-Ml.kaelikensm^^^^^^ (Ktude sur la possibilité de la morale empimiue]. Upsala, 189u. p. Ib, U-. * Caihrein. Philosophia moralis, p. 80.