IX. - 2. DIVISION DE LA MORALE INDIVIDUELLE
l'autre des tendances plutôt élémentaires : quanta la justice, elle est la tendance plus compréhensive qui couronne le développement du caractère moral. La justice suppose d'une part que l'individu s'affirme et se développe lui-même, non seulement de manière à ne pas entraver le développement des autres, mais encore à le favoriser, et d'autre part que l'individu se consacre k des intérêts vitaux très larges, de manière à affirmer par là et à développer sa propre personnalité.
Ce n'est pas seulement l'affirmation de soi et le dévouement, mais encore la connaissance et le sentiment qui se trouvent ici d'accord. Une fin considérable se présente à la pensée, et celleci cherche par l'expérience et l'étude des moyens de la réaliser. L'intérêt de l'espèce exige qu'on entreprenne un grand travail de distribution, et la répartition est déterminée par l'intelli- <^ence claire des besoins et du plus grand bien des personnes
particulières.
Il résulte de tout ce qui précède que la morale individuelle se divise naturellement en théorie de l'affirmation de soi et théorie du dévouement. Si l'on décrit ces deux tendances de manière à faire voir la possibilité de leur harmonie, on se trouvera par là même avoir décrit aussi la justice, qui est la vertu
morale par excellence.
2. — Ces tendances jouent un rôle différent suivant les divers individus. Il y a des natures qui donnent tout ce dont elles sont capables, sans que le sentiment moral apparaisse en elles comme un sentiment particulier à côté des autres. L'affirmation de soi et le dévouement se développent en elles sans mobiles spéciaux et sans effort conscient. Ce sont les natures morales privilégiées, dont la possibilité est incontestable. Il peut y avoir des hommes chez lesquels on rencontre cette nature privilégiée à propos de certaines tâches et dans certaines conditions, mais non par rapport à toutes. Autant il leur est facile de résoudre sans y penser certaines difficultés morales, autant il leur faut de réflexion et d'effort pour se tirer des autres. Mais il y a aussi des natures pour lesquelles il est de toute importance que le sentiment moral s'éveille en elles et prononce le dernier mot dans les cas particuliers. Gela tient soit à ce que le besoin de s'affirmer ou de se dévouer n'a pas chez eux assez d'intensité, soit à ce que le rapport convenable ne s'établit pas entre les deux tendances.