XII. - A, U LE DÉVOUEMENT
manité peuvent faire des martyrs parmi ceux qui sont en rela-
"on n^imes et journalières avec eux. Les devoirs humbles et
ennuyeux et les abnégations de la vie journalière exigent une
TcipHne personnelle%alme et tranquille, ne réclament point
rattention et la sympathie publiques. >> Maudsley indique avec
ra on w là queîa sympathie qui conduit à agir dans de vastes
pheres se teinte très'vite d'ambition et d'ostentation Souvent
aussi c'est une activité infatigable qui nous fait sortir des rela-
tions plus étroites mais aussi plus intimes.
S'il e.t iuste de dire d'une manière générale que le dévouement et^ l'amour doivent être considérés par la morale comme des vertus a pratiquer ou des devoirs à remplir cela ne va pas sans difficultés psychologiques particulières, que les philosophes ont souvent relevées, - notamment les stoïciens dans 1 antiquité, et, dans les temps modernes, Kant et ses disciples
L'idée de l'amour universel du genre humain s est manifestée, comme nous lavons vu (III, 8; IX, 1), chez les philosophes c^rec aux derniers siècles avant l'ère chrétienne. Ce sentiment a revêtu une forme particulièrement profonde chez les stoïciens de l'époque impériale. Ainsi Marc-Aurèle exige que nous ne nous sentions pas seulement une partie (n-ipo,), mais un membre Uilo;) de l'ensemble des êtres raisonnables ^ Il ne faut donc pas .e comporter envers les autres comme une pierre dans un tas se comporte envers les autres pierres, mais comme un organe envers les autres organes du même organisme. A cela tient 1 action profonde grâce à laquelle l'amour devient un enrichissement de la vie intérieure de celui qui aime. . Si tu crois être seulement une partie (et non un membre) de 1 humanité, dit Marc-Aurèle, tu n'aimes pas encore les hommes du fond du cœui , faire le bien n'est pas encore tout à fait pour toi une joie : tu le fais encore simplement comme une chose convenable, mais pa. comme le faisant a toi-même. «-Cependant, ce qui a empêche l'amour de jouer dans le stoïcisme un rôle aussi considérable que dans le christianisme, c'est une autre tendance, encore plu. propre à cette philosophie que la tendance au dévouement : celle qui porte à l'autonomie et à l'indépendance relativemen à toute chose extérieure. Celui qui se dévoue se rend évidemment dépendant, il n'est plus maître de sa vie affective : sa joie etson
* Pensées, VII, 13.