XII. — A. 1. LE DÉVOUEMENT
chagrin sont conditionnés par des événements extérieurs, et ses sentiments pourront être soumis à des oscillations plus'fortes que ne le comporte la conservation de l'harmonie interne, chose essentielle pour l'individualisme grec. Le stoïcisme tient pour suspecte toute émotion violente, mais surtout si elle est provoquée du dehors. Cet aspect de la question apparaît nettement chez Epigtète. Sans doute, nous devons compatir au chagrin des autres, gémir avec eux « mais, dit Epictète, prends bien garde de ne pas gémir en toi-même ». A cette crainte de se rendre dépendant par l'amour s'oppose la croyance du christianisme que la liberté spirituelle peut subsister à côté des plus fortes oscillations de la vie affective, et même existe vraiment chez ceux-là seuls qui vivent dans toute leur intensité et leur plénitude les grandes alternatives du chagrin et de la joie, delà crainte et de l'espérance. Le christianisme revêt ici, en comparaison de la philosophie grecque, un caractère réaliste. Il ne redoute pas qu'en s'engageant dans la réalité de la vie, qu'en s'identifiant pleinement à la destinée de l'espèce, l'individu enlève à sa vie psychique sa force et sa liberté. Il risque la vie pour gagner la vie. Il y a là, dans la morale chrétienne primitive, un élément que la morale philosophique doit s'approprier. C'est là une expérience morale qui conserve une valeur durable, indépendante des circonstances particulières dans lesquelles' elle a été faites
Ce n'est point par ce côté que Kant et son école ont envisagé la question. Si Kant a cru se trouver d'accord avec la morale chrétienne, cela tient à ce que, suivant lui, le commandement d'amour pose un idéal de perfection dont nous pouvons bien nous approcher, mais qu'aucun être fini ne saurait pleinement réaliser. L'amour est un sentiment : or un sentiment ne saurait naître par ordre. Ce que le commandement d'amour ordonne, c'est donc simplement l'accomplissement des devoirs sous la forme idéale, c'est-à-dire de telle sorte qu'il provienne du fond du cœur. Mais dans l'homme se manifestent toujours d'autres motifs que celui qui consiste dans le respect de la loi, et partant la contrainte interne est toujours nécessaire chez lui. L'idéal
'Pour la comparaison du stoïcisme et du christianisme, voir mon jiriicle Hedenske Sandhedssôgere (Les chercheurs païens de la vérité) dans la revue « ïilskueren » 1892, p. 532-539.
j,2 XII. - ^- 1- LE DK^'OUE^^^''
C'est la sainteté, mais l'homme ne peut arriver q"'^ ' Yv'auVu M G BiRCKNER, un des disciples danois de Kant trouvait au Lmandemenl d'amour, tel que le Christ ''ava.t -pr^ié ..rand inconvénient de faire reposer en somme la morale sur r n"éré « Les qualités qui excitent en nous le sen iment de 'tour sont précisément celles-là seules qui contribuent ou p uvent contnhuer immédiatement h nous procurer e ,a Le ou du profit... L'amour est donc proprement en veitu de ton ori<^ine un sentiment intéressé... Tandis que 1 amour a son or^^ine^dans l'intérêt, le respect des personnes au contraire a la
n^dans le respect pur, ^^^-^^^ ^; r/^u It^rreni^s eux pour la loi morale. » Birckner résout la difticul é a peu près d u'méme manière que Kant. Ce qu'il faut, --ant lui entend par amour dans le christianisme, « c'est le désir du bien moral
'^'E:':Tunonc:rne leurs difficultés, la psychologie du senti- „>ent donne au. Kantiens a la fois tort et -ison^ En un se„ est exact que l'amour ne se commande pas. Il "« ««'^f f^^ d'exi-er l'amour où il n'y en a pas. Mais si Ion paît de ce principe que la morale est quelque chose de plus qu'une jurisnudence établie, et que la moralité peut garder sa valeur, même n supprimant le ton impératif, on verra que les senti- Tentt pêuvenl très bien être suscités, et que, par suite, il peut tX hi^ritre exigé qu'on s'efforce ^e réaliser les cond. ions faisant naître l'amour. Souvent un sentiment ne peut être »us R qu-ind rectement et par des détours ; cela complique le prohibe mais ne le rend pas insoluble. Réaliser les condilion» ïrdévoumên affectueux est un point important à cons.dé- Îerdanl organisation des relations sociales et dans 1 éducation des au"res ou de soi-même. La vie et l'action en commun spon- ?a"ém nt p" duites, lorsqu'elles peuvent se développer tranauTment agiront silencieusement et lentement en ce sen» SutrTpart l'exemple de la vie profonde et généreuse de grand, Ldtes'fndtera à f imitation enthousiaste de la force morale
. c.n,ue .le ta Raison p.-««,«e, ,t!^.|^:|;f-^.,^,r^f n'^ ^.it
'""m.;. B,»ck..«. EfUrlaMe SAn^e.- (Œuvres posthumes,. CopenUaguo. 1800, p. 175-184.